‹ La poésie devant la BibleChapitre 46 sur 120 · TRAGÉDIE LATINE, DE BUCIIANAN · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE LATINE, DE BUCIIANAN

Le sacrifice de Jephté, au point de vue poétique, a beaucoup de rapport avec le sacrifice d'Agamemnon. La tragédie de Buchanan est l'œuvre d'un auteur qui avait fait une étude heureuse et approfondie des poètes grecs et latins. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait, avant de traiter ce sujet, médité Iphigénie en Anlide, d'Euripide. Comme nous le verrons tout à l'heure , il en a reproduit heureusement certains traits; mais, parmi les Anciens,, sa versification et son dialogue rappellent plutôt Sénèque le tragique que tout autre écrivain. 11 a introduit dans son drame un certain Symmachus, ami de Jephté, qui plaide toujours, mais le plus froidement du monde, pour le salut d'Iphis, et sa discussion avec Jephté sur la moralité d'un tel vœu et sur la possibilité de l'accomplir, est longue et fatigante.

Buchanan n'a pas manqué d'avoir un chœur dans sa tragédie ; mais, ce qu'il y a d'étrange , c'est qu'il n'en a pas fait l'usage le plus naturel en le plaçant sur la montagne à côté de la fille de Jephté. Il a craint sans doute de violer l'unité de temps et de lieu.

Les comparaisons que nous allons faire des lexlcs d'Euripide, de Buchanan et de Racine, et que nous puisons, d'une part, dans les rôles d'Againemnon, de Glytcmnestre et d'iphigénie; de l'autre, dans ceux de Jephté, de Storgé, épouse de Jephté, et d'Iphis, sa fdle, offriront, peut-être, quelque intérêt.

Dans Euripide, Agamemnon dit au vieillard avec qui il ouvre la scène :

« Heureux vieillard, que je suis jaloux de ton sort ! que j'envie le bonheur de quiconque vit ignoré du monde sans gloire et sans souci ! »

Dans Buchanan, Jephté dit à son ami, avant de lui avoir raconté la triste rencontre qu'il a faite :

0 grata sortis infimœ securitas I Felice natum sidère illum existimo Proeul tumultu qui remotus exigit, Ignolus œvum tuta per silentia.

Symmachus répond par une déclamation philosophique, où il pèse, dans une égale balance, le bonheur du pauvre et celui du puissant et du riche.

Voyons maintenant Racine :

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