‹ La poésie devant la BibleChapitre 49 sur 120 · OPÉRA DE L'ABBÉ PELLEGRIN · texte numérisé non relu

OPÉRA DE L'ABBÉ PELLEGRIN

Je suis étonné de l'indulgence accordée par La Harpe à cet opéra. «Il ne contient pas, dit La Harpe, de sornettes rimées. » Je suis tenté de croire que La Harpe approuve sans avoir lu.

On a beaucoup reproché à Corneille ces deuxvers :

Quelque ravage affreux que fasse ici la peste, L'absence aux vrais amants est encor plus funeste.

Ceux-ci n'en approchent-ils pas beaucoup ? C'est Ammon, amoureux d'Tphise, fille de Jephté, qui parle ainsi :

Je n'attends en ces lieux qu'un supplice éternel. Riais l'esclavage, la mort même, N'ont rien pour moi de si cruel Que l'absence de ce que j'aime.

Mais, ajoute le critique, l'amour d'Ammou et d'Iphise est une invention dramatique. Cependant l'auteur de l'opéra s'en excuse, pour ainsi dire, dans sa préface : « Je n'ai pas osé, dit-il, bannir tout à fait l'amour profane du théâtre, qui semble n'être fait que pour cette passion frivole. » Mais le mal était de travailler pour ce théâtre ; aussi le cardinal de Noailles obtint-il que les représentations de cet opéra fussent interdites.

De plus, à ne considérer que le point de vue dramatique, l'amour d'Ammon et d'Iphise produit peu d'eûet.

Le feu du ciel tombe sur Ammon. Iphise en prend promptement son parti et ne paraît songer qu'à la gloire de sa mort.

Je meurs, mon sort est trop heureux.

Si j'ai trahi le ciel par de coupables feux, La gloire de ma mort en secret me console.

Grand Dieu! je descends au tombeau,

Mais j'y porte un cœur tout nouveau,

C'est à vous seul que je m'immole.

Cependant Phinée, grand-prêtre des Hébreux, annonce à Iphise que Dieu lui a fait grâce en faveur de son repentir. Ainsi, de la fille de Jephté l'auteur fait une coupable et, par conséquent, la Bible est entièrement dénaturée.

SEÏLA

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