‹ La poésie devant la BibleChapitre 50 sur 120 · TRAGÉDIE ITALIENNE, DU PÈRE GRANELIJ, JÉSUITE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE ITALIENNE, DU PÈRE GRANELIJ, JÉSUITE

Seïla est la fille de Jephté. Il faut reconnaître que Granelli a jeté clans la disposition de son sujet plus de mouvement et d'intérêt que ses prédécesseurs ; mais son dénouement nous paraît un contre-sens historique.

Seïla est aimée de deux princes qui recherchent sa main, Abner et Manassès. Aimer a suivi Jephté à la guerre, Manassès a été retenu par les charmes de Seïla. Abner vient annoncer à Seïla la victoire de son père. Seïla s'empresse d'aller au devant de Jephté, et cet empressement fait son malheur, puisqu'elle est la première que rencontre Jephté. Celui-ci a fait un vœu téméraire ; il consulte sur son accomplissement le grand-prêtre Osias, qui le dissuade fortement d'immoler sa fille.

<r Vous avez promis à Dieu une victime humaine ou par ignorance ou par fureur ; votre vœu est coupable et nul : cet holocauste est indigne de Dieu. Accomplir votre vœu serait une impiété : à votre

faute, qui peut être le fruit d'une erreur, vous ajouteriez un délit atroce (1). »

Jephté veut s'éclairer; il objecte le sacrifice demandé par Dieu à Abraham. Osias répond :

« Abraham avait reçu un commandement exprès ; c'était la loi de Dieu. Vous, au contraire, vous violeriez la loi commune de Dieu. Il demandait à Abraham de lui offrir son fils; il vous défend de sacrifier votre fille. Citez-moi, si vous pouvez, un seul holocauste humain souffert par Dieu. »

Jephté rappelle à Osias les Amalécites frappés par Josué et le malheureux Acan condamné avec toute sa famille.

« Vous ne distinguez pas assez, répond Osias, les ennemis d'Israël de ses enfants et les innocents des coupables. Les fils innocents d'Israël ne peuvent être l'objet d'un vœu d'immolation, et jamais le fer ne les a frappés. »

Mais en même temps le grand-prêtre conseille à Jephté , ou de racheter sa fille par une offrande de trente sicles d'argent, ou de la placer près du saint tabernacle , parmi les dames illustres qui le gardent

(1) Traduction inédite.

depuis que, dans le désert, il a été fabriqué par Moïse et par Aaron Dieu leur a donné le droit de former des mariages légitimes et d'aspirer à la maternité; elles peuvent accepter ou refuser ce don, sans que personne les contraigne par la force.

Jephté accepte ce dernier parti ; mais Osias a soin de lui expliquer qu'il faut que le consentement de Seïla soit libre et réfléchi.

Seïla, prévenue par son père, se résout à la virginité, quoiqu'elle aime passionnément Abner. Elle dissimule d'abord son projet, mais enfin elle l'explique à tous les personnages du drame par des considérations qui paraissent assez froides. «Mon père, si j'avais permis que tu me rachetasses, combien ce sacrifice serait vulgaire ! qu'il serait imparfait! qu'il serait vil ! Trente sicles d'argent, plus encore, si tu veux, seraient donc le prix du triomphe remporté sur tes ennemis, à cause de ton vœu. Que dirait Y histoire et de toi et de moi ? Ma mère, tu me re verras quand tu le voudras ; mon séjour sera voisin du tien. Abner, c'est pour toi seul, je l'avoue, que j'ai demandé à mon père de pleurer pendant deux mois. C'est toi qui indisposes mon cœur contre mon devoir ; tu es le seul qui trouble mon âme, trop faible dans son sacrifice ; mais je ne porterai pas ma tristesse à l'autel où je me consacre à Dieu. Ces larmes que je verserai, que maintenant à peine je retiens , elles sont trop humaines. Forêts, montagnes, vous entendrez mes soupirs, aux-

- '208 quels un écho sensible répondra du fond des antres et des vallées. Si c'est de la faiblesse, elle est d'un cœur sincère. Tu en seras convaincu , mon époux , que je perds. Si dans deux mois je t'oublie, je serai forte ; aujourd'hui je ne suis pas ingrate, puisque je te pleure. »

C'est donc Seïla qui se détermine bien librement à rester vierge. Nous le répétons, les conseils d'Osias et la résolution de Seïla nous paraissent un contresens historique. La virginité était odieuse aux Hébreux et, chaque année, les filles d'Israël s'assemblaient pour consoler la fille de Jephté.

SACRIFICE DE JEPHTE

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