‹ La poésie devant la BibleChapitre 51 sur 120 · M. MOLLEVAUT, M. ALFRED DE VIGNV · texte numérisé non relu

M. MOLLEVAUT, M. ALFRED DE VIGNV

M. Mollevaut a traité ce sujet; il en a fait un petit poëme oii le texte sacré n'est guère amplifié que par le portrait des grâces et des attraits de Zeïla (c'est le nom que le poëte a donné à la fille de Jephté ) , et par un chant de douleur placé dans la bouche de la victime. On a cité ce chant avec éloge dans certains recueils.

Nous rapporterons la strophe qui nous semble le mieux en harmonie avec le sentiment qui inspirait la fille de Jephté, la douleur de mourir dans la honte de la virginité :

Mes compagnes un jour, au nom sacré de mère. En secret tressaillant d'orgueil et de plaisir, Verront sourire un fils aussi beau que son père. Et moi je vais mourir!

Du reste, M. Mollevauta suivi la version qui, combattue par quelques-uns, me paraît cependant la plus conforme à la Bible. Dans le poëme, la fille de Jeplité ne meurt pas ; elle est consacrée à la virginité :

Un éclair fend la nue. Au long bruit du tonnerre,

Tout le peuple effrayé se prosterne à la fois,

Et le Dieu d'Abraham fait entendre sa voix :

« Le vœu cruel d'un père à mes yeux fut un crime ;

Un nouveau crime allait me livrer la victime.

J'ordonne qu'elle vive, et, gardant ce saint lieu,

Qu'elle soit à jamais l'épouse de son Dieu.

Ce dénouement est bien autorisé par les versets suivants :

« Les deux mois accomplis , elle revint vers son père, et il fit ce qu'il avait promis, et sa fille demeura vierge. De là vint la coutume, observée dans Israël, que loutes les filles d'Israël s'assemblent une fois l'année, pour consoler la fille de Jephté de Galaad, durant quatre jours (1). »

Ce n'est pas la version qu'a suivie M. Alfred de Vigny, dans son chant de la Fille de Jephté. Et il ne

(1) Traduction de M. de Genoude.

faut pas s'en étonner, parce qu'il a pris pour texte la traduction de M. de Sacy, qui porte : « De là vient la coutume observée dans Israël, que toutes les filles d'Israël s'assemblent une fois l'an pour pleurer, pendant quatre jours, la fille de Jcphté de (ialaad. »

Il y a beaucoup de sensibilité et de grâce dans la pièce de M. de Vigny. 11 évite de rappeler le vœu de Jepbté; il le laisse seulement deviner à l'émotion profonde que ressent le père en voyant approcher sa fille :

S; s genoux ont tremblé sous le poids de ses armes, Sa paupière s'entr'ouvreà ses premières larmes; C'est que, parmi les voix, le père a reconnu La voix la plus aimée et son chant ingénu.

Elle approche en effet ; elle jette ses bras autour du cou de son père, qui ne répond que par des sanglots, et quand elle apprend son destin, elle demande à Jephté d'aller pleurer deux mois sur les montagnes :

Après ces mots, l'armée assise tout entière, Pleurait, et sur son front répandait la poussière. Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés; Mais parmi les sanglots on entendit : Allez.

On trouve ici un souvenir du peintre antique qui a voilé la tête d'Agamemnon en présence du sacrifice

d'Iphigénie ; mais M. de Vigny est dans son droit ; ut pictura poesis.

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