‹ La poésie devant la BibleChapitre 55 sur 120 · TRADDCTION DE LA BIBLE, PAR M. LE MARQDIS DE BELLOY · texte numérisé non relu

TRADDCTION DE LA BIBLE, PAR M. LE MARQDIS DE BELLOY

Nous devons à M. le marquis de Éelloy une traduction élégante, et à peu près littérale, du livre de Ruth. Il serait bien désirable que l'auteur appliquât son talent à d'autres versions du même genre.

M. de Belloy suit pas à pas le texte hébreu. Nous le citerons de préférence dans les détails bibliques, dont nous avons reproché l'omission à Florian :

Noëmi donne des conseils à Ruth.

Écoutez-moi : Booz vanne son grain ce soir. Il est notre parent et doit seul vous pourvoir. Allez donc vous vêtir de vos habits de fête, Lavez- vous avec soin, parfumez votre tête,

Rendez-vous à son aire et ne vous montrez pas, Qu'il n'ait, sans se hâter, achevé son repas. Surtout remarquez hien ou la place ou l'enceinte, Qu'il choisit pour dormir. Allez à lui sans crainte, Approchez de son lit, découvrez ses genoux Par le bas de sa couche, et, là, prosternez-vous, Pour qu'au réveil il trouve, à ses pieds étendue, Celle à qui, par nos lois, une autre place est due. Le reste, par lui seul, doit vous être inspiré.

— Quoi que vous m'ordonniez, dit Ruth, je le ferai. Elle part, et bientôt l'effet suit la promesse.

Booz, qu'un bon repas a mis en allégresse, S'étend près de son orge assemblée en monceau. Ruth se couche à ses pieds. Mais Booz, en sursaut Réveillé dans la nuit, tressaille et s'épouvante.

— Une femme à mes pieds! — C'est Ruth, votre servante; Jetez sur elle un peu, soit devoir, soit pitié,

Du manteau dont ses droits attendent la moitié. Mais Booz, rassuré : — Que Dieu vous récompense Pour ce nouveau bienfait, ô vous dont la prudence, Des hardis jeunes gens, prompte à se détourner, Ne veut pas, à l'un d'eux, se vendre ou se donner.

Que l'on compare cette traduction au texte de la Bible, on y trouvera autant de fidélité que de charmes.

Nous présenterons, toutefois, au poëte, une observation critique sur un passage où il nous parait s'être trompé. Le texte dit ; c'est Noëmi qui parle): « Je suis sortie pleine et je reviens vide ; » et M. de Genoude a traduit : « Je suis sortie pleine de biens et je reviens pauvre. » M. de Belloy a mis ces vers dans la bouche de Noëmi :

Mara, c'est moi, chassée au loin comme une louve Pleine, et qui de famille emportant un trésor, Vide aujourd'hui, revient âpre et chassée encor.

La paraphrase est presque un contre-sens, et la comparaison ajoutée par M. de Belloy, n'a rien de gracieux ni de vrai.

Si M. de Belloy voulait revoir quelques vers de cette production, il nous donnerait une œuvre de tout point achevée. Je la préfère de beaucoup, qu'il me permette de le lui dire, aux Fantaisies et légendes fleuries (c'est le titre du recueil) dont il l'a fait précéder. 11 en est une qui pourrait figurer dans ce livre et que je me dispense d'analyser, par respect pour le talent et le caractère de l'auteur.

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