TRAGÉDIE DE SOUMET
Après plusieurs autres (Delalaille, Billard, Durier, Nadal), Alexandre Soumet a traité le sujet de Saul,
Voici son plan.
Satil a déjà consulté la Pythonisse d'Endor; elle a jeté sur lui tous ses maléfices; Saul, furieux, se débat sous la domination infernale. Cependant Achi-
melech introduit David devant Jonathas; David s'offre pour combattre Goliath; il triomphe du géant superbe. A ce bienfait il joint celui d'apaiser Saiil par les sons de sa harpe. Saiil revient au combat plein de reconnaisance pour David et va lui donner sa fille Michel en mariage ; mais la Pythonisse, aumilieu de ce bonheur, vient jeter la révélation que David, marqué de l'huile sainte, est, à son insu, celui que le prophète Samuel a désigné pour hériter de la royauté d'Israël. A cette nouvelle, Saiïl conçoit contre David autant de haine qu'il ressentait d'affection pour lui, et dans un combat où tous deux marchent contre les Philistins, Saiil croit avoir percé son ennemi ; mais Jonathas, fils de Saiil, uni à David par la plus tendre amitié, a changé d'armure avec lui, et Saiil, en croyant tuer David, a porté ses coups sur Jonathas, qui vient expirer devant lui. Saiil se tue sur le corps de son fils. On voit que plusieurs parties de ce plan sont vicieuses et contrairesà la vérité historique. Le meurtre de Jonathas par Saul ne produit pas l'effet que l'auteur en a espéré, il est le résultat d'un escamotage, et, d'ailleurs, Saiil n'a pas témoigné assez de tendresse à Jonathas pour que le spectateur soit profondément affecté de cette catastrophe. 11 est invraisemblable qu'Achimelech ait échappé aux vengeances de Saiil, et il est moins vraisemblable encore que, sans nécessité, il vienne se présenter à sa cour. Enfin, ce qui est capital, les exploits de David sont amoindris ; le
géant qui, dans la Bible, effraie Satil et toute l'armée îsraëlite au point que personne n'ose répondre à son défi, on en parle à peine dans la tragédie. Tout ce qu'on dit de la victoire de David sur les Philistins, se réduit à ces deux vers, placés dans la bouche de Satil :
Il avait osé vaincre, et fier de ses hauts faits, Imposer à son roi ses orgueilleux bienfaits.
Mais si ou ne s'attache qu'au style de cet ouvrage, quel éclat et quelle fraîcheur dans cette poésie ! Quels tons tour à tour énergiques et gracieux !
David, béni par Achinielech, se relève et dit :
De l'ange des combats j'ai respiré la flamme,
11 m'appelle, il commande à mes sens éperdus.
Peuple, console-toi, tes vœux sont entendus.
Je vois devant mes pas la colonne enflammée,
Que suivait au désert notre pieuse armée.
Ces monts se sont couverts des palmes de Jephté ;
Le soleil, dans ces lieux, s'est encore arrêté.
Viens, peuple d'Israël, apaise ton murmure,
Au géant philistin je marche sans armure,
Et j'emporte au combat, respirant l'avenir,
Ce Dieu que tout mon cœur ne peut plus contenir.
Mes accents ne sont plus que des hymnes de gloire,
Ma vie est une offrande au Dieu de la victoire;
De ses feux immortels je me sens animé,
Je suis le glaive ardent dont l'Archange est armé.
Dans cette tragédie sacrée, l'amour a toute la décence et toute la grâce des temps primitifs. Michol
raconte ainsi sa première entrevue avec David :
Ce fut un jour, qu'auprès de mes compagnes
Je cueillais pour l'autel des lys sur nos montagnes. Tandis qu'en longs festons j'enlaçais leurs couleurs, David nous apparut sous des palmiers en fleurs. L'aloès embaumé, la myrrhe précieuse, Entouraient de parfums sa tête gracieuse ; Ses traits, d'un feu divin s'animaient éclairés, L'amour divin brillait dans ses yeux inspirés. Sur une harpe sainte et de fleurs couronnée, Il chantait le bonheur d'une âme pardonnée, Et je crus un moment qu'un regard de ses yeux, Au pardon de mon père intéressait les deux. Mais bientôt du Seigneur célébrant la puissance, Il chante l'univers dans ses jours d'innocence, Les délices d'Éden, ses berceaux odorants, Et les premiers amours de nos premiers parents. 0 comme autour de lui mes compagnes craintives, Tenaient à ses accents leurs âmes attentives! J'imitai leur exemple et cueillis pour l'autel, Nos lys furent laissés sur les pas d'un morte*. J'abandonnai mon âme à cette voix si tendre, Je me souvins des chants que je venais d'entendre, Et David, un moment devant moi présenté, Comme un songe céleste en mon cœur est resté. J'espérais le revoir mais non pas sur la terre.
Si la partie lyrique de la tragédie de M. Soumet valait le reste, si elle était écrite comme les chœurs de Racine ou de Casimir Delà vigne, ce serait une œuvre de premier ordre.
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SAUL
TKAGÉDIE D'ALFIËRI.
Le Sàûï d'Alfieri me paraît une tragédie bien imparfaite, quoique pleine de détails brillants. Il y a plus de conversations que d'action ; Saiil est trop souvent en scène et sa position devient monotone. Le rôle d'Aclrimelech est insignifiant ; il ne paraît là que pour servir de texte aux imprécations contre les prêtres. Le dénouement d'Alfieri est magnifique et supérieur à celui de M. Soumet. Le voici :