‹ La poésie devant la BibleChapitre 67 sur 120 · SAUL, MICHOL, ABNER · texte numérisé non relu

SAUL, MICHOL, ABNER

ÀBNER.

Seigneur, par l'ennemi Le camp de toutes parts fut soudain assailli; La déroute est complète, et dans ce trouble extrême...

SAUL

Complète! et tu vis, traître!

ABNER

Hélas! oui, pour vous-même, Pour vous sauver. Ici va se précipiter Le torrent philistin, dont il faut éviter Et le débordement et le premier ravage. De ce mont escarpé saisissant l'avantage, Avec mes gardes, là, Seigneur, retranchez-vous.

SAUL

Moi, vivre, quand mon peuple expire sous leurs coups 1

H1CHOL.

Le bruit croit, il s'approche. Ah 1 venez vite, vite.

SAUL

Jonathas et mes fils prennent-ils donc la fuite Et m'abandonnent-ils?

ABNER

Vos fils, ils n'ont pas lui...

Infortunés!

SAUL

J'entends, ils sont morts aujourd'hui.

ABNER

Ah ! vous n'en avez plus.

MICHOL

Je n'ai plus un seul frère.

SAUL

Il ne me reste donc maintenant sur la terre, Que toi seule, Michol, et tu n'es pas à moi. Depuis longtemps mon cœur s'est prescrit une loi ; L'heure est venue, et tout ce que je recommande, Cet ordre est le dernier qu'Abner encore entende, C'est de sauver ma fille et de la leur cacher.

MICHOL

A votre sort je veux, mon père, m'attacher ; Le fer ennemi doit épargner une femme.

SALL.

Ah ! ma fille, tais-toi, n'attendris pas mon âme. Vaincu, puis-je pleurer?... Abner, sauvez-la, mais Si par les Philistins elle est prise jamais, Prends garde, ne dis point, de Saùl c'est la fille, Quel que soit le courroux qui dans leurs regards brille, S'ils t'entendent crier : David est son époux, On verra s'apaiser aussitôt leur courroux, Va, vole.

ABNER

Je ferai tout ce que je puis, j'en jure, Mais aussi, vous....

MICHOL

Abner, ma voix vous en conjure...

Je ne vous quitte point, mon père...

SAUL

Je le veux, Je suis encore roi! Déjà, jusqu'en ces lieux L'ennemi vient. Abner, pour qu'il ne te surprenne, Prends ma fille avec toi. S'il le faut, qu'on l'entraîne.

MICHOL

M'arracher à mon père!

sadl, seul.

0 mon fils! Saùl... Quoi!

Te voilà seul, aucun ne reste auprès de toi. Aucun ! De tant d'amis, d'une cour si brillante ! De l'inflexible Dieu la colère est contente. Mais j'ai mon glaive encor ! 0 mon dernier secours, Viens, viens finir mes maux, à toi seul j'ai recours. J'entends de l'ennemi les clameurs insolentes, Je vois déjà, je vois des torches flamboyantes. Philistins, hâtez-vous de vous saisir de moi, Vous allez me trouver mort. .. mais du moins en roi (1).

(Il se tue).

Dans toute cette scène il y a un beau reste de dignité royale, exprimée dans des traits brillants : « Vaincu, puis-je pleurer... —Je le veux, je suis a encore roi! » et toute la dernière tirade.

(1) Traduction de M. Duplessis.

DAYID. — DAVID HUMILIE

drames sacrés, DAPOSTOLO-ZÉNO.

Apostolo, appelé près de l'empereur Charles VI pour être poëte de la cour, et qui le fut avant Métastase, a composé deux drames, l'un sur les persécutions de Saiil, l'autre sur les humiliations du roiprophète. L'auteur est, en général, fidèle à l'Écriture. Il ne la change que daus quelques parties peu importantes. 11 introduit, dans le premier drame, uu conseiller de Saiil qu'il nomme Faite, et dont les avis flatteurs contrastent avec les avertissements sincères d'Aimer, de Jonathas et de Michol. Ce rôle donne à Zeno l'occasion d'accuser les flatteurs des désordres des rois. En général, il faut reconnaître que ce poëte de cour parle néanmoins un langage sincère :

ABNElî.

« Roi malheureux ! depuis que vous avez violé les lois saintes, les préceptes souverains, l'esprit de Dieu vous a abandonné à votre péché, il paraît que l'esprit malin vous agite et vous trouble.

FALTÉ.

d Abner, tu t'abuses ; tu penses que le roi est pos-

sédé de Satan. Ce sont des vapeurs qui viennent d'une humeur, d'une bile noire, et qui montent au cerveau. Ses idées se troublent et confondent les soupçons politiques, les prophétiques menaces. Tout cela n'est qu'un nuage épais qui sera dissipé par une douce harmonie. L'harmonie fait entrer dans l'âme de doux sentiments ; elle assoupit, elle agite, elle irrite et elle calme.

ABNBR.

« Voilà le langage des méchants. Orgueilleux encore dans leur misère, ils attribuent leurs maux à toute autre chose qu'à la justice éternelle. »

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