‹ La poésie devant la BibleChapitre 79 sur 120 · TRAGÉDIE DE DUCHÉ · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE DE DUCHÉ

Après Racine , Duché fut agrée'1 par madame de Maintenoii comme le poêle de la maison de Saint-Gyr. 11 y fil représenter par les jeunes pensionnaires une tragédie dont le style est quelquefois Racinien et réalise bien l'idée de vers faciles faits difficilement.

Dans l'Écriture , Absalon est un prince complétementodieux. Duché l'a représenté autrement et, sans cette altération de son caractère, peut-être, en effet, n'eût-il pas été supportable sur la scène. L'auteur le suppose égaré par la préférence que paraît donner David cà son autre fils Adonias; tandis que dans la vérité Adonias n'a jamais été le concurrent d'Absalon, mais plus tard celui de Salomon, et encore l'Écriture ajoute-t-elle : « Mais ni Sadoe, grand-prêtre, ni Bananias, fils de Joïada, ni le prophète Nathan, ni l'armée de David n'étaient avec Adonias. » Et Betsabée obtient sans peine que David désigne Salomon pour son successeur plutôt quWdonias. La tragédie de Duché se traînerait assez languissamment au milieu des alternatives de remords et de fureurs d'Absalon, sans l'heureusp invention du rôle de Tharès, épouse d' Ab-

salon, qui est le véritable ressort de la pièce. C'est elle qui, fidèle au devoir, arrache le secret de son mari, et, sans le dénoncer, dénonce ses complices. C'est elle qui sauve David en lui livrant le billet écrit par Séba. En scène avec Absalon, elle parle plutôt, à la vérité , un langage raisonnable qu'un langage pathétique ; mais enfin ce rôle n'en est pas moins neuf au théâtre et adroitement ménagé.

L'entrevue entre David et Absalon , lorsque les desseins du fils sont connus du père, est belle et touchante. David y montre tour à tour les sentiments d'un roi et ceux d'un père, exprimés dans des vers remarquables , que cependant nous ne citerons pas ici, parce que La Harpe les a rapportés dans son Cours de littérature.

Le héros de cette tragédie est donc Absalon, que Duché ramène, à la dernière scène, repentant et demandant la grâce de Joab ; taudis que le personnage intéressant devrait être David insulté par Séméï, David traversant le torrent du Cédron, David, enfin, pleurant ses péchés et même sa victoire. Ce point de vue a été tout à fait négligé par Duché, dont la tragédie n'a pas obtenu un succès durable, et il ne faut pas s'en étonner, parce que le public commençait à se blaser sur le mérite du style et à désirer des situations fortes.

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