‹ La poésie devant la BibleChapitre 86 sur 120 · CHANT FUNEBRE · texte numérisé non relu

CHANT FUNEBRE

SUR LA MORT DU ROI JOSIAS paii TRÉNEUIL

La vocation deTréncuil était de chanter les grandes infortunes. Il les avait déplorées en beaux vers dans ses Tombeaux de Saint-Denis, dans son Martyre de Louis XVI, dans son Orpheline du Temple. A la fin de sa vie , il traça le plan d'élégies qui auraient été toutes tirées de la Bible. Dans ce plan seraient entrés, non-seulement le chant élégiaque sur la mort de Josias, dont nous nous occupons ici, et qui, pour son auteur, a été le chant du cygne, mais aussi le chant de Jérémie sur la ruine de Jérusalem, celui d'Ézéchiel sur la chute de Tyr, celui de l'Exil des Israélites, enfin le chant funèbre sur la mort deSaûl et de Jonathas.

Il est regrettable que l'auteur n'ait point rempli son projet. Dans son discours sur l'Élégie héroïque, il paraît pénétré des beautés poétiques des morceaux qu'il devait reproduire. On en jugera par la manière dont il peint l'avant-scène du chant sur Josias.

« On lit dans les Paralipomèues , que la mort de

— 317 ~ Josias, roi de Juda , fut pleurée de tout le peuple , surtout de Jérémie , et qu'à cette occasion, ce prophète composa une élégie chantée tous les ans dans la solennité d'une fête : El universus Juda cl Jérusalem luxerunl cum, Jeremias maxime, cujus omîtes canlores atque cantatrices usque in présentent client lamentationes super Josiant replicant et quasi lex obtimit in Israël.

« Que l'on se représente cette grande scène de deuil. Josias, en combattant contre Néchao, roi d'Egypte, avait été mortellement blessé dans les champs de Magcddo ; ses serviteurs le transportent, par son ordre, sur le second char, qui, selon l'usage des rois de l'Orient, suivait son char de guerre. A la désolante nouvelle d'une mort plus glorieuse que le triomphe, toute la Judée pousse des cris lamentables : Hélas ! ô malheur ! heu! vœl Inclyte! Cependant on le conduit dans le jardin d'Oza , antique sépulture de ses pères. Reçu dans cette maison de son éternité, Josias prend son rang et commence à côté d'eux son sommeil de mort. Les assistants se retirent en marchant à reculons , et trois fois , arrachant de l'herbe qu'ils jettent derrière eux , les uns disent : La gloire de l'homme est passagère comme les fleurs. Les autres: Il fleurira comme l'herbe des champs. »

Voici maintenant des strophes du chant funèbre,

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qui ne sont pas inférieures à celles de J.-B. Rousseau, en lyrisme et en harmonie.

Le poëte lance l'analhèmc sur les faux dieux exterminés par Josias :

Périsse, de Moloch, la sanguinaire idole ! Prêtres d'un culte obscène, inhumain ou frivole,

Tremblez, vils imposteurs!

Déjà le feu du ciel, armé contre vos crimes, S'apprête à dévorer, au lieu de vos victimes,

Les sacrificateurs.

Que périssent surtout vos doctrines infâmes !

Que vos temples, vos bois, consumés par les flammes,

Perdent jusqu'à leur nom.

Que de ces monuments la cendre amoncelée, Souille Mithel, Japhet et l'indigne vallée

Qu'arrose le Cédron !

Le poëte place ensuite dans la bouche de Jérémie, la prédiction des malheurs qui menacent la fille de Sion. Ce morceau, rapide et harmouieux, doit être accompagné des instruments et des voix qui en modèrent l'effet terrible :

Le vent sur la terre • Siffle avec fracas ; La voix du tonnerre Y joint ses éclats. Le char de la guerre S'avance à grands pas.

La trompette sonne L'heure des combats, Et le fer moissonne Coursiers et soldats.

La flamme ondoyante ravage Le temple et la sainte cité ; Tous ceux qu'épargna le carnage Subissent la captivité.

On entend retentir les chaînes Qui pèsent aux rives lointaines, Sur ce peuple inondé de pleurs.

On entend ses chants de tristesse, Tandis qu'une horrible allégresse Eclate parmi les vainqueurs.

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