LA DELIVRANCE
DE BÉTHULIE par. MÉTASTASE.
Métastase a abrégé ou plutôt écourté le récit que nous présente la Bible sur la délivrance de Bétlnilie par Judith; circonscrit dans l'étroit espace qu'il s'est tracé , il s'est privé de la belle prière que Judith adresse à Dieu. Racine n'aurait pas fait une pareille faute. Toute la partie de l'action qui se passe au camp d'Holopherne est contenue dans un récit de Judith ; il est plein de détails sanglants qui répugnent et repoussent. La couleur des mœurs locales et plusieurs choses qui grandissent Judith, manquent aussi dans ce tableau. Ainsi dans la Bible on voit la veuve de Manassé arriver au camp ; mais sans se familiariser d'abord avec Holopherne , elle refuse de manger avec lui et n'use que des provisions qu'elle a apportées pour le jeûne. Pendant trois jours ainsi elle jeûne et prie, et ce n'est qu'ensuite qu'elle parait consentir au désir d'Holopherne de la recevoir dans sa tente.
Métastase a écarté ce que, selon nous, il fallait reproduire ; il n'a pas écarté cette tête sanglante qu'il fallait peut-être éloigner des regards du spectateur.
Au défaut d'action il a cherché à suppléer par le développement du rôle d'Achior. Ce prince engage une discussion théologique avec Osiasqui commande dans Béthulie. Ce genre de conversation est peu probable dans une ville livrée par la soif et le manque d'eau à une extrême détresse. La conversion d'Achior arrive au dénouement et distrait trop peut-être du triomphe de Judith.
La versification a de l'éclat. La controverse théologique en vers est un tour de force heureusement accompli. Comme dans ses autres drames, Métastase parle de Dieu en ternies dignes de ce magnifique sujet.
Betuleius, professeur à l'Université d'Augsbourg, a faitparaître au commencement du seizième siècle, une tragédie de Judith dont la seule chose remarquable est la moralité qu'il en a tirée pour la guerre contre les Turcs. On voit combien elle préoccupait alors les esprits. « Je veux, dit l'auteur dans son épilogue, extraire la moelle de cette représentation ; car les jeux du théâtre ne portent pas malheur comme certains bavards le répètent ; ils sont pleins, au contraire, d'excellents fruits et d'enseignements qui sont des règles de vie, surtout dans notre temps où nous sommes en proie à l'impiété d'un ennemi qui n'a soif de rien moins que du sang chrétien , et qui déjà a dévoré une partie du monde. »