‹ La poésie lyrique russeChapitre 13 sur 71 · A LA RUSSIE REPENTIE · texte numérisé non relu

A LA RUSSIE REPENTIE

Ce n'est ni dans l'ivresse de l'aveugle orgueil, Ni dans l'ivresse de la louange insensée, Le tumulte du rire et des chansons bruyantes, Le tintement de la coupe allant à la ronde,

Mais dans la force calme de l'humilité

Et de ta pureté renouvelée, que toi,

Pour accomplir l'œuvre du service terrible,

Tu paraîtras parmi la sanglante mêlée.

O ma Russie, ayant, comme un sage mortel

Interrogé sévèrement ta conscience,

L'âme limpide et riche en méditation,

Tu t'avances, docile à l'appel de ton Dieu !

Ainsi, ayant guéri la maladie du vice

Par la conscience et la douleur et la honte,

Devant le monde tu te dresseras très haut,

Resplendissant d'un éclat nouveau et sacré !

Va, les peuples vers toi font monter leur appel,

Achevant ton festin guerrier, accorde-lemr

En don la liberté sacrée et donne aussi

La vie à la pensée et la paix à la vie!

Va, lumineux est ton chemin ; l'amour dans l'âme,

La foudre en main, tu es magnifique et terrible,

Ange de Dieu au front ctincelant de feux î

BIBLIOGRAPHIE

En russe : Liaskovski (V.-N.). A.- S. Khomiakov. Sa biographie et sa doctrine {Rousski Arkhiv, 18%). Édit. séparée. St. -P., 1898. — Zavitkevitch (V,). A.-S. Khomiakov, 2 vol. Kiev, 1902. — Berdiaev (N,-A.). A. -S. Khomiakov, M.,

En français : Lkouzon--le-Duc. La Russie contemporaine^ 1853 (trad. de « l'Aigle slave »), reproduit dans Gallet de KuLTLRE : La Sainte Russie (1857). — A.-S. Komiakoff. L'Église latine et le protestantisme, au point de vue de l'Église d'Orient (Lausanne, 1872). — Fouquet (Jules). Trad. en vers de « L'aigle du Nord » {La Nouvelle /?evae, 1893, t. XLV;.

F.-I. TIOUTCHEV (1803-1873

Fédor Ivanovitch Tioutchev naquit le 23 novembre 1803 dans un « nid de noblesse » de la province d'Orel. Après de sérieuses études privées, dirigées par un maître remarquable, Raïtch, Tioutchev entra à TUniversité de Moscou, d'oti il sortit « candidat ». Attaché au département des Affaires étiangères, et bientôt en/oyé à Munich, il séjourna à l'étranger pendant vingt-deux années, coupées de courtes vacances. De retour en Russie, il rempUt, à partir de 1848, les fonctions de censeur à ia chancellerie spéciale du ministère des Affaires étrangères . Très répandu dans le monde et célèbre par son esprit étincelant, il eut, à près de cinquante ans, sa vie traversée par une passion ardente et durable qui fut sa joie et soa tourment. Il mourut le 15 juillet 1873 à Saint- Pétersbourg.

Tioutchev, dont le premier essai avait paru en 1819, envoya d'Allemagne, à la revue de Pouchkine, le Sovremennik. des poésies imprimées sous les initiales F . T. A partir de 1840, il publie des articles et des vers politiques nettement slavophiles. Signalé au public comme grand poète par un article enthousiaste de Nekrasov en 1850, Tioutchev trouva par làmème un encouragement à revenir à la poésie et donna, dès lors, quelques-unes de ses plus belles pièces.

L'originalité de Tioutchev est autant dans la pensée que dans la forme. Devant une nature qui Im apparaît comme un tout immortel et divin, il est frappé de la vaine prétention de l'homme à la vie et à la survie individuelle. Il sent que derrière le décor diurne qui ravit son regard, gronde l'étemel chaos, impénétrable à notre intelligence et dont la nuit est la confidente. En l'âme humaine elle-même frémit ce principe cosmique dans le « feu sombre » de la passion. Tioutchev, dans une forme brève et saisissante, a souvent des = 57 —

hardiesses heureuses qui annoncent déjà le mouvement symboliste et impressionniste.

Œuvres ; Panthéon lyrique (M., 1840). Poésies (Supplément au Sovremennik, 1854, t. XLIV). Œuvres : Poésies et articles politiques (St. -P., 1886), 2« édit. revue (1900). Edition complète des œuvres de Tioutchev, avec une étude biographique et critique de Valère Brusov (St,-P., 1913).

J'aime tes yeux, ô mon amie, Et le jeu divin de leur flamme, Quand tout à coup, se relevant, Ils semblent un éclair céleste Embrassant tout d'un tour rapide.

Mais il est un charme plus fort :

C'est aux instants d'ardents baisers.

Les yeux baissés qui laissent voir Entre les paupières, le feu Farouche et sombre du désir (1).

Mo© âme voudrait être étoile.

Non pas, lorsque, du ciel nocturne, Ces astres, yeux vivants, regardent Le monde terrestre endormi :

Mais le jour, quand sous la vapeur Des rayons ardents du soleil, Tels des dieux, ils brillent plus clairs Dans l'éther pur et invisible.

(1) Dans l'impossibilité de déterminer avec certitude la date de composition de chaque pièce, nous avons suivi l'ordre chronologique adopté par l'édition Brusov.

F.-I. TIOUTCHEV

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