‹ La poésie lyrique russeChapitre 22 sur 71 · LES LARMES · texte numérisé non relu

LES LARMES

Pleurs humains, pleurs humains, vous coulez tôt ou tard, Vous coulez ignorés, vous coulez invisibles,

F.-I. TIOUTCHEV

Sans jamais vous tarir, vous coulez innombrables, Tels les flots de la pluie, par une nuit d'automne.

A l'horizon vient de monter la nuit sacrée ; Elle a roulé le jour aimé, le jour charmant Ainsi qu'un tapis d'or, tapis qui fut jeté Au-dessus de l'abîme, et le monde extérieur Comme une vision s'en est évanoui.

Et rhonune, pareil à l'orphelin sans asile, Demeure maintenant, être impuissant et nu, Face à face avec les ténèbres de l'abîme. Il est abandonné à ses seules ressources. L'esprit anéanti, la pensée sans appui, Enfoncé dans son âme ainsi qu'en un abîme, Ne trouvant au dehors ni soutien, ni limites. Et maintenant tout ce qui est clarté ou vie Lui apparaît comme un rêve fait autrefois Et dans l'énigme de cette nuit étrangère Voici qu'il reconnaît l'héritage ancestral...

(JuUlet 1850.)

Fais descendre, Seigneur, tes consolations

Sur celui qui, pendant l'été chaud et torride,

Comme un infortuné mendiant à pas lents

Passe près du jardin sur le rude pavé,

Et qui jette un regard furtif par la clôture

Sur l'herbe des vallées, les ombrages des arbres,

Et sur cet ie fraîcheur, pour lui inaccessible,

De somptueuses et d'éclatantes prairies.

Non, ce n'est pas pour lui que les arbres déploient

Plus touffue leur ombreuse voûte hospitalière,

Non, ce n'est pas pour lui qu'est suspendue dans l'air

La fontaine, tel un nuage vaporeux.

C'est en vain que, semblant émerger du brouillard,

Cette grotte azurée attire son regard,

Et la poussière de rosée de la fontaine

Ne versera jamais sa fraîcheur sur sa tête.

Fais descendre. Seigneur, tes consolations

Sur celui qui, suivant le chemin de la vie.

Comme un infortuné mendiant, à pas lents,

Passe près du jardin, sur le pavé torride.

PREDESTINATION

L'amour, l'amour, affirme la tradition,

Est le lien qui joint une âme à l'âme sœur,

Il e t leur union, leur intime alliance,

Leur fusion fatale et... leur fatal duel.

Dans l'inégal combat que se livrent deux cœurs.

Plus tendre est l'un des deux, et plus certa-nement,

Inévitablement, à force de souffrir,

De languir en aimant, à la fin il s'épuise.

Le soleil luit et les eaux brillent.

Tout est sourire, tout est vie.

Les arbres frémissent, joyeux.

En se baignant dans le ciel bleu ; Les arbres chantent, les eaux brillent, L amour imprègne l'air ; le monde.

Le monde en fleur de la nature Est ivre de vie débordante.

Mais dans la débordante ivresse

F.-I. TIOUTCHEV

Il n'est plus forte ivresse encore Qu'un sourire plein de tendresse De ton âme, souffrante et lasse...

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