POÉSIES DE TOUR POPULAIRE
Si l'on aime, alors follement!
Si l'on menace, alors sans rire !
Si l'on insulte, alors en rage!
Si l'on parle, alors carrément !
Si l'on discute, hardiment !
S l'on châtie, point pour des riens ! Si l'on pardonne, de tout cœur !
Si l'on festoie, festin royal !
A.-K. TOLSTOÏ
O mon pays, pays natal,
Chevaux courant en liberté.
Dans le ciel, cris des troupes d'aigles,
Voix des loups à travers la plaine !
Ohé i toi, ma patrie !
Ohé! toi, l'épaisse pinède.
Chant du rossignol à minuit !
Vent, nuages et steppe!
Une pensée grandit, tel un arbre ; elle enfonce
Au cœur des racines profondes, Sous le ciel elle déploie ses branches, palpite,
Bruissant nuage de feuilles.
Le cœur connaît cette forte pensée ; c'est lui
Qui l'a élevée et choyée.
Et la raison peut embrasser cette pensée,
La parole peut l'exprimer, Mais quelle est cette autre pensée qu'on ne saurait
Ni exprimer, ni mesurer.
Ni comprendre, ni embrasser avec l'esprit?
Fugace et sans forme, elle luit, S'enflamme ainsi qu'un lointain éclair, illumine
Un bref instant notre âme obscure.
On se rappelle maintes choses cubliées,
Mainte chose vague, incomprise.
En cet instant au cœur clairement se révèles- Mais qu'on se jette à sa poursuite.
Les yeux seuls l'ont pa voir, le cœur seul l'a sentie !
On ne saurait saisir au vol Le vent fougueux, ni clouer à la terre humide
L'ombre du nuage qui vole.
n fait bon être au monde, frères, pour celui-là
Dont la tête contient un tantinet de bien,
Mais d'un bien demeurant en elle, seul à seul,
En elle demeurant fiché solidement
Comme un clou qu'enfonça une tête de hache.
Et pour lors, sur son bien il fixe son regard.
Il fixe son regard sans détourner les yeux.
Il ne regarde pas les côtés alentour,
Mais s'en va de l'avant, sans arrêt, droit au but,
En écrasant tous les allants et les venants. [l'homme
Mais, frères, quel malheur d'être au monde pour
A qui Dieu a donné des prunelles perçantes,
A qui n a donné de voir de tous côtés,
Et ces prunelles-là vont et viennent chez lui,
Et voici qui semble bien, mais il y a mieux!
Voilà qui semble mal, mais cela a du bon!
Et s'il arrive à une croisée de chemins,
n aperçoit dans la plaine plus d'une route ;
Et pour lors, il s'arrête et se prend à songer.
Se remet à marcher en avant, puis revient :
Faut-il aller à droite, ou plutôt prendre à gauche?
Et le voici qui recommence d'avancer.
Mais en route, il s'oublie à regarder les prés,
Les vertes forêts et s'oublie à contempler
Les fleurettes de Dieu, à écouter chanter
Les libres oiselets, tandis que tout le monde
Le blâme et l'invective : « Oh! voyez-le, dit-on,
Il marche, et il regarde tout autour de lui ;
Oh ! voyez-le, dit-on, il s'arrête et il songe,
Il lui faut mesurer et peser toute chose,
Retourner toute chose sur toutes les faces.
Jamais celui-là ne deviendra voïévode,
Jamais celui-là ne deviendra posadnik (1),
(1) Premier magistrat municipal dans rancienne Russie.
A.-K. TOLSTOÏ
Greffier de la Douma il ne sera jamais, Ni ne pom-ra jamais diriger un négoce ! »
Ne demande pas et ne t'enquiers pas, Ne retourne pas dedans ton esprit, Ni comment je t'aime, ni pourquoi je t'aime, Ce que j'aime en toi, et si pour longtemps ? Ne demande pas et ne t'enquiers pas Si tu es ma sœur, ma jeune épousée, Ou bien si tu m'es petit enfançon. Et je ne sais pas, je ne trouve pas Comment te nommer, comment t'appeler.
Par les champs il est beaucoup de fleurettes, Dans le firmament brûle mainte étoile : De les dénommer on n'a le savoir, De les distinguer on n'a le pouvoir :
Quand je t'eus aimée, point je ne m'enquis, Ni ne méditai, ni n'interrogeai.
Quand je t'eus aimée, je laissai tout là, Et puis hardiment je risquai ma tête.