A LA MORT
Lorsque le malheureux que tourmente la soif Du bonheur, qu'assourdit le tonnerre des maux Est réduit à chercher d'un œil voluptueux
En toi la sympathie suprême.
Ne le crois pas, sévère ange de Dieu, attends Pour éteindre ta torche ! Oh ! combien la souffrance Contient de foi ! Attends, cette alarme insensée
S'assoupira dans le cœur las.
Un temps viendra, temps autre où passera le souffle D'une vie florissante, et celui qui, navré. Voyait en toi la messagère de l'Eden
Alors tremblera devant toi.
Mais celui qui ne prie ni n'implore, celui Qui n'eut pas la souffrance en don, mais qui, muet, Sans dénigrer la vie avec haine, en lui porte
Conscient, ton germe puissant.
Celui qui d'un effort toujours égal respire, Celui-là, vas à lui, toi, la silencieuse ; Que ton souffle lui verse un plein apaisement, .===s= 120 ^
Apparais dans son rêve Et doucement clos ses paupières.
A.-A. FETH
Non, je n'évoque point mon bonheur envolé, A quoi bon échauffer un sang qui s'appauvrit ? Je ne rappelle pas ma jeunesse oublieuse Et l'amour éperdu, son compagnon fidèle ! Sans murmure, affrontant la puissance éternelle, J'élève seulement cette ardente prière : Que sur mes passions souffle ce vent d'automne Qui chaque jour emporte un fil blanc de mon front; Que de l'âme malade et lasse de la lutte Tombe sans bruit la chaîne d'une vie dolente ; Que je revienne à moi là-bas où, descendue Des collines d'azur, la steppe qui se tait Rejoint dans le lointain la rivière sans nom. Là-bas où le prunier et le pommier sauvage Etalent à l'envi leur parure, où, léger, Glisse à peine un nuage éclatant, où le saule Penché sur l'eau sommeille, où l'on entend le soir L'abeille bourdonner en volant vers sa ruche. Peut-être, car toujours nos yeux avec espoir Regardent l'horizon, là m'attend un doux cercle D'amis affectueux : leurs cœurs sont aussi purs Que la lune à minuit, leurs âmes clairvoyantes Comme le sont les chants des muses inspirées. Là, au déclin des ans, enfin je trouverai Ce qu'attendait, voulait et espérait mon âme, Et du sein du paisible et terrestre idéal. Souriant, j'entrerai au sein de l'éternel.