PARMI LES ETOILES
Comme moi, asservi aux nombres fatidiques,
Peut-êire vous aussi poursuivez votre course
Asservis à l'in tant , mais des que je regarde
Darisle livre de feu, je n'y lis pas de nombres.
Caliies couronnés, rayonnant de brillants,
Superflues, parmi nos pauvres besoins terrestres,
Hiéroglyphes d'un inébranlable rêve,
Vous dites : « Nous ignorons le nombre, nous sommes
L'éternité, tu es l'instant. Avidement
Tu poursuis l'ombre de la pensée éternelle,
P'Iais en vain : nous brûlons ici afin qu'aspire
A ton opaque nuit le jour qui ne meurt pas.
Voilà pourquoi, lorsque avec peine tu respires,
De la terre où tout est obscur et misérable,
11 t'est doux, en levant le front vers nous, de voir
Notre espace profond, splendide et lumineux. »
O, comprends mes sanglots, toi, ma lointaine amie,
Pardonne-moi ce cri douloureux, vois mon âme
Fleurie de souvenirs qui ne te quittent pas ;
Rien ne m'a détaché jamais de ton amour.
( *ui nous reprochera de n'avoir pas su vivre,
0 'voir été sans âme et oisifs, qui dira
Qu en nous n'ont pas briilé le bien et la tendi'esse.
Et que nous n'avons pas sacrifié au Beau?
Où donc est tout cela? L'âme a gardé sa flamme,
Prête comme autrefois à embrasser le monde.
Vaine ardeur ! Maintenant personne ne répond !
Les sons ressuscites s'éteignent à nouveau...
Toi seule, par ta voix tu m'apportes de loin
Une émotion noble, et l'inspiration
Emplit mon cœur, tandis que le sang monte aux joues,
Chassons ce rêve ! Il a trop de larmes en lui !
Je ne regrette pas la vie au rude souffle.
Que m'importent la vie et la mort? Je regrette
Ce feu qui, ayant lui sur l'univers entier,
S'enfonce dans la nuit et pleure en s'en allant!
(28 janvier 1879.)
Si tu parais, Seigneur, puissant et insondable A ma raison troublée, ce n'est pas parce que Dans le jour étoile, ton Séraphin brillant Alluma sur tout l'univers le globe immense, Ordonnant à ce mort au visage enflammé De respecter tes lois et de tout éveiller De ses vivifiants rayons, et de garder Cette flamme à travers des millions de siècles. Non, si tu m'apparais puissant et insondable. C'est pai'ce que moi-même, être faible, éphémère, Je porte dans mon cœur, comme ce séraphin, Un feu plus éclatant, plus fort que l'univers. Et tandis que je suis la proie des vanités Et le jouet de leur tyrannie inconstante, En moi ce feu est étemel, omniprésent, Comme toi, igaorant du temps et de l'espace.