JAMAIS
Je me réveille. Oui, c'est bien là le couvercle D'un cercueil, et j'étends avec effort les mains, Et j'appelle au secours. Certes, je me souviens
A.-A. FETH
De ces tortures qui précédèrent ma mort. Oui, c'est certain. Et je romps le cercueil pourri, Sanc peine, ainsi que la toile d'une araignée, Et je me lève. Comme à l'entrée du caveau Est vive la lumière hivernale. Aucun doute. Je vois la neige. Il n'est pas de porte au caveau. Regagnons la maison, il est temps. Et là-bas, Comme on sera surpris! Je ne puis m'égarer Car je connais le parc. Mais comme il est changé! Je courç, La neige est haute. Ici la forêt morte Dresse en l'éther profond ses rameaux immobiles. Nulle trace, nul bruit. Tout se tait, on dirait Le royaume des morts des contes fantastiques. Mais voici la maison. Comme elle est délabrée ! Et je laisse tomber d'étonnement les bras... Là le village dort sous un linceul de neige. Nul sentier à travers toute la steppe immense. C'est cela. Dominant la montagne lointaine, J'ai reconnu l'église avec son vieux clocher. Comme un piéton gelé dans la neige poudreuse, Elle se dresse sur l'horizon sans nuage. Nul oiseau d'hiver, nul insecte sur la neige... Alors j'ai tout compris : la terre s'est glacée, Elle est morte depuis longtemps... Pour qui gardé- je Le souffle en ma poitrine ? Et pour qui le tombeau "^.'a t-il rendu au jour? A quoi ma conscience Piut-elle être attachée? Quelle serait sa tâche? Où aller, quand on n'a personne à embrasser, Là-bas, dans cet espace où s'est perdu le temps ? Reparais donc, ô mort. Hâte-toi de reprendre Comme un fardeau fatal, la dernière des vies. Et toi, poursuis ton vol, corps glacé de la terre, En emportant mon corps par la voie éternelle !