LE FAUCHEUR
Je ne comprends pas . . .
Je ne conçois pas . . .
Comment se fait-il Que je ne comprenne?
O, jour de malheur, Heure malchanceuse Où je vins au monde Sans naître coiffé.
Plus que mon aïeul Suis large d'épaules Et j'ai de ma mère La haute poitrine.
Sur mon teint de lait Le sang paternel Alluma les feux D'une belle aurore, Et mes boucles noires Pendent tout en rond.
Quel que soit l'ouvrage, Tout me réussit !
Malheureux le jour, Malchanceuse l'heure Oii je vins au monde Sans naître coiffé!
L'automne dernier == 32 ==
A.-V. KOLTSOV
J'avais courtisé
Longtemps Grouniouchka,
Fille du bailli.
Mais le vieux grognon,
Lui, s'est entêté!
A qui donc veut-il
Donner Grouniouchka?
Je ne comprends pas...
Je ne conçois pas...
Son motif est-il
Que chez nous son père
Passe pour richard ?
Sa maison peut être
Pleine comme un œuf,
Moi je veux sa fiUe,
Je languis pour elle :
Son visage blanc,
L'aurore vermeille
Sur ses rondes joues,
Ses yeux noirs ont fait
Perdre la raison
Au jeune gaillard...
Ah ! hier, pour moi
Comme tu pleurais !
Hier le vieillard
Refusa tout net.
Oh! je ne pourrai
Me faire au chagrin ! . . .
Je m'achèterai
Une neuve faux,
Je l'aiguiserai,
Je l'affilerai
Puis, adieu, adieu,
Village natal !
Grounia, pas de larmes, Point ne m'occirai, De ma faux tranchante...
Adieu, mon village.
Adieu, ô bailli.
Le gars s'en ira Aux pays lointains.
Descendant le Don, Le long du rivage Se dressent là-bas De jolis hameaux.
Dans son libre espace, Au loin devant moi, Largement la steppe S'étend, se déploie, Nappe de kovyl (1) !...
O steppe, ma steppe, A la libre vie.
Largement, ô steppe, Tu t'es déployée, Jusqu'à la mer Noire Tu t'es avancée !
Pour te visiter Je ne suis pas seul.
Mais j'ai pour compagne Ma tranchante faux.
Voici bien longtemps Que je désirais En long et en large, |, Dans ton herbe, steppe, Courir avec elle.,.
Détends-toi, épaule!
(1) Plante de la famille des graminées : Shpa. = 34 ==
A.-V. KOLTSOV
Bras, prends ton élan !
Et souffle au visage, O vent du midi.
Rafraîchis, agite La steppe sans bornes !
Toi, bourdonne, faux.
Jette tes éclairs !
Et bruis, bruis, O herbe fauchée.
Fleurs, jusques à terre Inclinez vos têtes I Avec l'herbe vous Vous dessécherez.
Comme pour Grounia Le gars se dessèche !
Je râtellerai Des gerbes ; en tas Je mettrai les meules ; La 'femme cosaque Lors me donnera L'argent à poignées.
Cousant mon trésor, Gardant mon trésor, Je retournerai Dans notre village.
Droit chez le bailli; Si ma pauvreté N'a pu l'attendrir, L'or de mon trésor Saura l'attendrir I.>.