‹ La poésie lyrique russeChapitre 5 sur 71 · LE FAUCHEUR · texte numérisé non relu

LE FAUCHEUR

Je ne comprends pas . . .

Je ne conçois pas . . .

Comment se fait-il Que je ne comprenne?

O, jour de malheur, Heure malchanceuse Où je vins au monde Sans naître coiffé.

Plus que mon aïeul Suis large d'épaules Et j'ai de ma mère La haute poitrine.

Sur mon teint de lait Le sang paternel Alluma les feux D'une belle aurore, Et mes boucles noires Pendent tout en rond.

Quel que soit l'ouvrage, Tout me réussit !

Malheureux le jour, Malchanceuse l'heure Oii je vins au monde Sans naître coiffé!

L'automne dernier == 32 ==

A.-V. KOLTSOV

J'avais courtisé

Longtemps Grouniouchka,

Fille du bailli.

Mais le vieux grognon,

Lui, s'est entêté!

A qui donc veut-il

Donner Grouniouchka?

Je ne comprends pas...

Je ne conçois pas...

Son motif est-il

Que chez nous son père

Passe pour richard ?

Sa maison peut être

Pleine comme un œuf,

Moi je veux sa fiUe,

Je languis pour elle :

Son visage blanc,

L'aurore vermeille

Sur ses rondes joues,

Ses yeux noirs ont fait

Perdre la raison

Au jeune gaillard...

Ah ! hier, pour moi

Comme tu pleurais !

Hier le vieillard

Refusa tout net.

Oh! je ne pourrai

Me faire au chagrin ! . . .

Je m'achèterai

Une neuve faux,

Je l'aiguiserai,

Je l'affilerai

Puis, adieu, adieu,

Village natal !

Grounia, pas de larmes, Point ne m'occirai, De ma faux tranchante...

Adieu, mon village.

Adieu, ô bailli.

Le gars s'en ira Aux pays lointains.

Descendant le Don, Le long du rivage Se dressent là-bas De jolis hameaux.

Dans son libre espace, Au loin devant moi, Largement la steppe S'étend, se déploie, Nappe de kovyl (1) !...

O steppe, ma steppe, A la libre vie.

Largement, ô steppe, Tu t'es déployée, Jusqu'à la mer Noire Tu t'es avancée !

Pour te visiter Je ne suis pas seul.

Mais j'ai pour compagne Ma tranchante faux.

Voici bien longtemps Que je désirais En long et en large, |, Dans ton herbe, steppe, Courir avec elle.,.

Détends-toi, épaule!

(1) Plante de la famille des graminées : Shpa. = 34 ==

A.-V. KOLTSOV

Bras, prends ton élan !

Et souffle au visage, O vent du midi.

Rafraîchis, agite La steppe sans bornes !

Toi, bourdonne, faux.

Jette tes éclairs !

Et bruis, bruis, O herbe fauchée.

Fleurs, jusques à terre Inclinez vos têtes I Avec l'herbe vous Vous dessécherez.

Comme pour Grounia Le gars se dessèche !

Je râtellerai Des gerbes ; en tas Je mettrai les meules ; La 'femme cosaque Lors me donnera L'argent à poignées.

Cousant mon trésor, Gardant mon trésor, Je retournerai Dans notre village.

Droit chez le bailli; Si ma pauvreté N'a pu l'attendrir, L'or de mon trésor Saura l'attendrir I.>.

Page 1