‹ La poésie lyrique russeChapitre 46 sur 71 · EN ROUTE · texte numérisé non relu

EN ROUTE

C'est la steppe perdue, la route est infinie ; Autour de moi le vent fait onduler les champs, L'horizon est brumeux ; malgré moi je suis trisle, En proie à un secret ennui qui me tourmente. Le trot de mes chevaux, si rapide qu'il soit. Me paraît indolent. Toujours même spectacle,

La steppe suit la steppe et le champ suit le champ... « Pourquoi donc, postillon, ne veux-tu pas chanter? » Mon postillon barbu me fait cette réponse : « Je ^arde mes chansons pour les jours malheureux. — Qui te rend si joyeux ? — Ma chaumière est tout

[près ; Derrière la montée je vois poindre la perche. » J'aperçois un petit village devant moi.

Voici le toit de chaume où vit le paysan, Voilà les meules. C'est la cabane connue ! Est-e/Ze en vie? Va-t-elle bien depuis ce temps? Voici l'enclos couvert. Mon cocher trouvera Bon repos, bon accueil, bon souper sous son toit ; Moi, je ne puis goûter le repos que réclame Une longue fatigue. On change les chevaux... Allons vite ! La route est longue et la nuit fraîche, On ne peut distinguer ni chaumières ni feux... Le cocher chante et le trouble reprend mon âme... Moi, je n'ai pas de chants pour les jours malheureux.

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