I.-P. POLONSKI
A demi-voix « DO'do, do-do ! »
La lampe répand sa lumière Sm- les coussins, la lune éclaire Les rideaux, et je fais toujours Des rêves dorés à propos De je ne sais plus quels jouets.
Je me réveille. Qu'est-ce donc ?
Qu'est-il arrivé ? La bourrasque Revient-elle? « Cela va mal, Le mât de hune s'est brisé Et le timonier est tombé. »
Oue faire, et que puis-je à cela?
Et me confiant au navire Je me recouche, je sommeille.
Le roulis me berce, je dors.
Je vois un songe : je suis jeune, Frais, amoureux, bouillant de rêves...
La voluptueuse fraîcheur Du crépuscule entre au jardin.
La nuit approche, les sapins Se font plus noirs ; ce doux murmure Me parvient, vivante caresse :
« Viens, aimé, sur l'escarpolette. »
Alors j'enlace de mon bras Sa taille presque aérienne.
Et la planchette vacillante Se balance docilement.
Je me réveille... Qu'y a-t-il?
« Le gouvernail est arraché Et une vague a balayé L'avant sur toute sa longueur En emportant un matelot ! »
Que faire? Advienne que pourra!
Je me remets aux mains de Dieu...
Si la mort vient me réveiller, Je me réveillerai ailleurs...
Pourquoi t'aimé-je ainsi, ô lumineuse nuit, Pourquoi t'aimé-je tant, qu'en souffrant je t'admire, Et pour quelle raison t'aimé-je, ô nuit paisible? Tu verses le repos aux autres, non à moi! Que me font horizon, lune, étoiles, nuages. Cette clarté glissant le long du froid granit Qui change en diamants la rosée sur les fleurs, Et comme un chemin d'or court à travers la mer ! Pourquoi aimé-je, ô nuit, ta lumière argentée? Des pleurs cachés peut-elle adoucir l'amertume, Donner la réponse espérée au cœur avide. Et résoudre du doute l'angoissant problème? Que me font le frisson des feuilles somnolentes, L'éternel grondement du flux de la mer sombre, Dans le jardin obscur, la rumeur des insectes. L'ombre des monts, la voix musicale des sources? Pourquoi aimé-je, ô nuit, ton bruilmystérjeux? Peut-il rafraîchir l'abîme embrasé de l'âme. Apaiser des pensées la tempête rebelle, Tout ce qui devient plus brûlant dans les ténèbres, Tout ce qui se perçoit plus fort dans le silence : Je ne sais pas moi-même, ô nuit, pourquoi je t'aime, Pourquoi je t'aime tant qu'en souffrant je t'admire, Je ne sais pas moi-même, ô nuit, pourquoi je t'aime. Peut-être parce que mon repos s'est enfui.