LA MUSE
Non, je n'ai pas connu, planant sur moi, le chant Caressant d'une muse harmonieuse et bellç ! Beauté céleste au vpl silencieux d'esprit, Descendant des hauteurs, ellç n'enseigna pas A mon ouïe d'enfant les harmonies magiques, E)lle n'oublia point sa flûte dans mes langes ; Dana mes plaisirs et mes pensées d'^dolescesti Elle n'émut pas mon esprit d'un v^ue rêve,
N.-A. NEKRASOV
N'apparut pas soudain à mes jeyx transportés Comme une tendre amfe, en ces temps bienheureux Où la muse et l'amour, inséparable couple, Mettent dans notre san^ la langueur et le troublç,.,. Mais très tôt j'ai senti peser sur moi lç§ cbaînçs D'une autre muse, ni aimée, ni caressante. Compagne triste de ces tristes malhçureu:ç Créés pour le îabçur, la souffrance et les fers. De cette muse en pleurs i affligée et souffrante Aux désirs incessants, liumblement suppliante Et pour laquelle il n'est d'autre idole que Tpr,,,.
O, lettres de la femme aimée,
Vous donnez des joies infinies,
Mais vous préparez plus de maux
Pour l'avenir à l'âme triste.
Quand la passion s'éteindra
Ou lorsque vous obéirez
Au dur pouvoir de la sagesse^
Disant au sentiment : hélas !
Alors, rendez-lui ses missives
Ou ne les relisez jamais ;
Car il n'est pire châtiment
(Jue de s'affliger du passé.
On commence avec ironie,
Négligemment, comme on écoute
Un babil innocent et vain,
On finit en rage jalouse
Ou torturé par le regret... (1852.)