LA TEMPETE
La tempête a hurlé et l'abîme marin Bouillonne en rugissant ; les vagues ténébreuses Roulent et se dressant jusqu'au ciel, viennent battre, Écumant de courroux, les rochers du rivage.
Quelle force ennemie.
Quel bras capricieux Transformant en nuées épaisses les nuages, Ont sur le bord des cieux engendré la tourmente ? Qui donc, bouleversant l'ordre de la nature. Précipita la mer en montagnes liquides
A l'assaut de la terre?
N'est-ce pas le méchant Esprit, roi de l'enfer, Qui a sur l'univers répandu le malheur ? Celui qui soumit l'homme à la destruction, A la maladie, aux désirs, aux passions, Qui arma contre la création les forces Dont la création avait reçu le don?
La terre devant lui tremble, il cache le ciel
De ses ailes immenses.
Sa puissance insurgée meut les eaux rugissantes.
Quand viendra-t-il, l'instant ardemment désiré Où je me confierai, océan, à tes vagues? Sache que la beauté des lointaines contrées N'a point captivé mon imagination ; Et sous un ciel meilleur, je ne saurais trouver
Meilleure destinée.
Mon âme ne saurait, en un pays en fleur
A nouveau refleurir.
Pourtant je ne veux pas, dans un repos servile, Attendre que le lent poison de l'existence
Me donne enfin la mort.
Elle est plus consolante à notre orgueil humain Sur les flots en furie, dont il combat la rage! Comme à l'aube de ma jeune vie j'aspirais
Aux joies de la jeunesse, Maintenant, océan, j'aspire à tes -tempêtes ! Bouillonne et dresse-toi contre tes bords de roc ! Oh! ton rugissement redoutable et sauvage M'emplit de joie ainsi qu'un appel au combat
Dès longtemps souhaité, Ou le courroux flatteur d'un puissant ennemi.