LA SOURCE
Toi qui vis à l'écart, cachée sous les ombrages, Amie des rêveries paisibles et des muses, Qu'il m'est doux, ton léger murmure, source vive, Source inconnue, pures délices du poète. Le sabot du troupeau altéré, au temps chaud, Ne saurait te trouver, pas plus que l'indolence Des villageois errants, car les forêts t'entourent Du large cercle de leur immensité verte.
LA POÉSIE LYRIQUE RUSSE =r====^
Le pur trésor de la foi te prit sous son aile.
Tu ne seras jamais enchaînée par le gel
Ni jamais desséchée par la chaleur torride;
Tes pleurs d'argent coulent en flot intarissable.
Il est aussi dans ta poitrine, ô ma Russie,
Une source paisible et claire qui répand
Ses eaux vives, cachée, inconnue mais puissante.
Les passions humaines ne troubleront pas
Ses profondeurs de cristal, pas plus qu'autrefois
Le souîf le glacial d'un pouvoir étranger
N'a enchaîné ses flots. Coulant intarissable,
Invisible, tel le mystère de la vie,
Elle est limpide, elle est étrangère à ce monde,
Et connue seulement de Dieu et de ses saints !
Mais elle n'aura point pour prison éternelle
La coupe étroite d'un bassin : non, chaque jour
La verra devenir plus vivante et plus belle
Et couler en un lit plus profond. Je le crois.
L'heure viendra où le fleuve dépassera
Ses frontières et regardera le ciel bleu ; ,
n contiendra alors en lui le ciel entier.
Voyez comme ses eaux s'élargissent en nappe
Dans la verte vallée, et comme sur ses bords
Se pressent, to-rmentés de soif spirituelle,
Les peuples étrangers. Regardez sur ses vagues
Voguer les vaisseaux pleins du trésor des pensées,
Les favoris du ciel, qui possèdent la force
Et fécondent la terre I Et voyez le soleil,
Des hauteurs azurées briller de feux ardents,
Tandis que l'univers est tout illuminé
Par des rayons d'amour, de sainteté, de paix.
A.-S. KHOMIAKOV