‹ La poésie nouvelleChapitre 8 sur 12 · I. Ce voi · texte numérisé non relu

I. Ce voi

d'une ferveur, d'un amour, d'un moment de la vie qui ne doil pus se survivre à lui-même. Il y a certes une mélancoliD k laisser pour toujours l'heure qui fut aiméo, k se déprendre du cher sortilège ; mais il esl bon aussi de partir quand on aime,

Puisqu'oa ne le sait qu'à ce prÎE El qu'on se découvre aoï-même.

Surtout, il faut entendre l'appel joyeux de la vie, incessemment nouvelle. 11 ne faut s'attarder ni au rêve choyé ni au poème où l'on a mis, hier, le meilleur de aoi, mais s'apprêter à recevoir Demain dans toute son émouvante fraicheur. Demain réclame un poÈme nouveau... Voici (( la lég-ende ailée de Wieland le Forgeron ». Wieland forgeait des épées. 11 élait plus fort que nul autre forgeron, plus habile aussi. Il forgcail en chantant. Mais, un jour, il se lassa de l'épée, naïve et courte, vaine et brutale. Ses frères l'appelaient pour la chasse. Il parlit avec eux. Dans la forêt, il aperçut Ervare l'Alvitte, au bord du lac où elle s'était baignàe, Ervare la femmecygne, plus blanche que les cygnes ; sa chevelure séchait, contre ses hanches, au soleil. Il l'aima, la prit dans ses bras et l'emporta dans sa demeure : « du baiser de l'Alvitte, Wieland conçut un art. » Le forgeron devint orfèvre : il cisela, dans l'or, uiio commune... Mais l'Alvitte, un jour, s'enfuit ; — « c'est fini, la saison des baisers! » Les serviteurs du roi surprirent Wieland qui ne forgeait plus d'épées. Le roi le jeta dans une île solitaire; et là, pour avoir la vie sauve, Wieland dut forger des épées. Donc, il foi^ea l'œuvre de haine, en haine du roi... Or, la 611e du roi vint dans l 'fie. Curieuse et enfantine, elle avait pris dans le trésor du roi la couronne de

Wieland et, l'avant laissé choir, l'avait brisée... Elle la rapporlail à Wieland pour que Wioland refit la couronne d'or. Wieland tenait sa veng'eance ; n'allait-il pas tuer la fille du roi? La haine grondait en lui... Mais il mit le beau diadème sur le front de l'enfant et lui permit de s'en retourner, Wieland avait vaincu la haine- H s'était élevé plus haut que n'élève l'amour, que n'emporte l'art. Il conçut la vie comme l'incessant amour de la vie, comme le désir inassouvi que h'apaise ni la victoire sur le fer dur, ni la volupté délicieuse, ni l'art enivrant.

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Ce poème est un des plus beaux, des pli des plus profonds de Vielé-Griffin. La c simple, suivant le développement harmonieux de l'idée, iii:>u£ enii-aîao, de dogrûs eu degrés, it VapothàoBO finalo. La merveilleuse variété du rythme s'adapte ans épisodes divers du poème, sombres, gais, émouvants, sublimes : c'est d'abord la brise matinale, légère et chantante ; puis elle se transforme en vent puissant, en vent farouche; l'immense tourbillon emporte la pensée ardente, puis, pacifique, l'installe aux calmes régions de l'éther...

Il faudrait tenir compte encore de plusieurs poèmes, le Chercheur de pain, l'exquise Sainte Agnès, et de tant d'autres, pour caractériser, même provisoirement, l'œuvre poétique de Vielé-Griffin, méditative et passionnée, d'une allégresse pensive, d'une mélancolie pénétrante et réfléchie.

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