INTRODUCTION XXIII
été écrit d'important sur la question, depuis l'éloquente étude de Kuno Fischer jusqu'aux œuvres plus récentes de Berger, de Gneisse, d'Henri de Stein, de Kûhnemann. Mais si je les ai lues et si j'en ai profité, le profit que j'en ai tiré n'a pas été immédiatement applicable à mon dessein. A celui-ci suffisait la lecture attentive du traité étudié, la connaissance de l'esthétique générale de Schiller, de celle de Kant, et enfin de la correspondance de Schiller avec Korner, Goethe et surtout Guillaume de Humboldt.
De plus, je ferai observer qu'il n'est nullement contradictoire de constater la profonde influence exercée par un ouvrage dont les principes nous paraissent aujourd'hui absolument contestables. C'est là précisément ce qui fait la différence entre un jugement historique et un jugement absolu. L'on peut n'éprouver aucune sympathie pour les principes esthétiques que Victor Hugo a développés dans la Préface de Cromivell, l'on peut s'efforcer, comme on l'a fait récemment à plusieurs reprises, de montrer combien les fondements sur lesquels s'appuie notre grand poète sont ruineux, combien son érudition est défectueuse, et ses raisonnements sujets à caution, sans songer pour cela le moins du monde à contester la révolution que cette Préface a produite parmi les contemporains. Il en est de même du Traité sur la poésie naïve et sentimentale. Je ne crois pas que la méthode de Schiller soit celle qu'il faille appliquer à des problèmes du genre de ceux traités dans l'ouvrage que nous examinerons. Tout en ne songeant pas à nier l'incontestable différence entre la poésie ancienne et la poésie moderne, nous ne croyons pas que Schiller ait vraiment discerné en quoi cette différence réside. Mais cela ne nous empêche nulle-
ment de rendre en même temps la plus large justice à la profondeur des vues de Schiller, à la finesse et à la subtilité de son argumentation, et à la force d'expansion que, grâce à ces qualités et à son incomparable talent d'exposition, il a su donner à ses théories.
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