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Basch. — Schiller. 2
leurs créations à des lois nécessaires et idéales qui sont précisément les lois mystérieuses auxquelles obéit la nature dans la production des êtres vivants. D'autre part, c'est dans ce même voyage en Italie qu'il se convainc combien l'artiste grec par excellence, celui dont Lessing avait fait l'incarnation même de toute la poésie des Hellènes, Homère, était un artiste réaliste, s'attachant non pas à deviner les secrètes intentions, les modèles suprêmes, les types idéals qu'a réalisés la nature dans les êtres particuliers, mais visant uniquement à rendre le plus fidèlement et le plus minutieusement possible ces êtres particuliers eux-mêmes et tous les traits, tous les contours, toutes les couleurs du milieu qui les entoure. « Pour ce qui est d'Homère, écrit- il, j'ai senti comme un voile me tomber des yeux. Ses descriptions, ses comparaisons, etc., nous semblent poétiques, et cependant elles ne sont qu'indiciblement naturelles, mais dessinées avec une pureté et une intensité qui nous effraie. Même ses fictions les plus étranges ont un caractère de vérité que je n'ai jamais senti aussi vivement que depuis que je suis proche des objets qu'il décrit. Laisse-moi brièvement exprimer ma pensée dans les termes que voici : Eux ont représenté l'existence même, nous ne représentons habituellement que l'effet. Eux ont décrit le terrible, nous décrivons d'une façon terrible. Eux ont rendu l'agréable; nous rendons d'une façon agréable, etc. C'est de là que viennent toutes les exagérations, tout le maniéré, toute la fausse grâce, toute l'emphase. Car, quand on cherche l'effet et ne vise que l'effet, on ne croit jamais le rendre assez sensible' ». Il est impossible de trouver de la théorie schillérienne du génie grec ou du génie naïf une expression plus précise, et la formule dans laquelle Schiller cristallise sa doctrine tout entière : « Les Anciens sentaient naturellement^ nous sentons le naturel [Sie empfanden natùrlich, wir