Schiller à Kôrner, 5 mars
INTRODUCTIOxN IX
ries du grand philosophe qu'il voulait étudier. Puis, au commencement de l'année suivante, il relit la Critique du Jugement, et décide de ne plus l'abandonner avant de l'avoir entièrement approfondie ^ Enfin, après avoir revu Kôrner, et avoir décidé d'engager avec lui une correspondance régulière portant sur l'esthétique, il relit une troisième fois la Critique du Jugement-. Après cette longue et minutieuse étude, à laquelle nous le voyons revenir plus d'une fois% il publie successivement ses traités esthétiques, depuis l'opuscule surr^?'^ ti'agiquejusqyi au Traité sur la poésie naïve et sentimentale, et il eût pu sembler aux lecteurs habituels de Schiller qu'il avait abandonné entièrement la poésie pour se consacrer désormais tout entier à la philosophie du beau.
Pour nous cependant, qui connaissons par les lettres qu'il adresse à ses amis, les véritables sentiments de Schiller, nous savons que cette désertion n'est que tout apparente. Sans doute Schiller, surtout au premier moment de son ardeur philosophique, ne serait pas convenu de ce que Eckermann, bien des années après sa mort, dit à Goethe qui, au fond, était du même avis, à savoir que les études philosophiques de Schiller avaient nui à sa poésie plus qu'elles ne lui avaient été profitables, en l'induisant à mettre l'Idée au-dessus de la nature, bien plus, à détruire la nature par l'Idée \ Mais nous avons de lui-même plus d'un aveu significatif. Il confesse qu'il est extrêmement malaisé de redescendre des hauteurs de la spéculation vers les sentiers qui mènent aux objets réels.