‹ La poétique de Schiller; essai desthétique littéraireChapitre 4 sur 97 · Schiller à Kôrner, 25 mai · texte numérisé non relu

Schiller à Kôrner, 25 mai

.3. Schiller à Kôrner, 4 juillet 1794.

4. Gœthe's Gesprâche mit Eckermann, Leipzig, Reclam, t. I, p. 72.

Il se demande si la philosophie de l'art peut servir à l'artiste qui a besoin surtout de formules empiriques et spéciales, trop étroites et trop troubles pour la spéculation philosophique, dont, d'autre part, les lois générales lui semblent toujours creuses et vides, dès qu'il veut les mettre en pratique. « Je m'aperçois tous les jours, dit-il, combien peu le poète peut tirer de concepts purs et universels, et je serais tenté d'être assez peu philosophe pour donner tout ce que je sais moi-même, et tout ce que savent les autres en fait d'esthétique générale, pour un seul tour de main technique *. Auparavant déjà, le 4 novembre 1795, il avait écrit à la comtesse Purgstall : « De tout temps c'est la poésie qui a été la principale préoccupation de mon esprit, et je ne m'en suis détourné pendant quelque temps, que pour revenir à elle d'autant plus digne de m'y consacrer tout entier. » Et l'année même de sa mort il écrit à Humboldt : « La philosophie spéculative, si jamais elle m'a possédé, m'a chassé par ses formules creuses, et je n'ai pas trouvé dans ses champs stériles de source vive ni de nourriture appropriée '. »

Et ce n'est pas seulement bien des années après ses études philosophiques, mais au milieu même de ces études, que nous voyons Schiller aspirer à revenir de la théorie à la pratique, de la philosophie à la poésie. Sans doute, au moment où il compose ces poèmes, où il a su incarner, avec un art si subtil, des idées philosophiques dans des symboles poétiques, il croit que la précision des concepts est infiniment avantageuse à la tâche de l'imagination, et que, s'il n'avait pas accompli son rude apprentissage esthétique, jamais. la pièce qu'il

i. Schiller à Guillaume de Humboldt, 27 juin 1798. 2. Schiller à Guillaume de Humboldt, 2 avril 1805.

NTRODUCTION XI

venait d'achever — « L'Idéal et la Vie » — n'aurait atteint ce degré de clarté et de facilité*. Mais ces exclamations de satisfaction sont plutôt rares et ne sonnent pas juste. Au fond, l'on sent que dès l'abord Schiller avait des doutes sur l'opportunité et l'utilité de sa longue et laborieuse excursion dans le domaine de la spéculation. D'une part, il ne veut pas revenir à la poésie sans avoir fait en quelque sorte sa philosophie ; il s'imagine que ses facultés poétiques sortiront de cette dure discipline plus mûres, plus vigoureuses, plus riches et plus nourries. C'est une tâche qu'il s'est imposée, à laquelle il finit par s'intéresser passionnément, qu'il met comme un point d'honneur à ne pas abandonner avant de l'avoir achevée. Mais, en même temps, il ne peut pas laisser que d'aspirer à revenir à l'art pour lequel il se sentait véritablement né. Au moment même où il s'engage définitivement dans la carrière philosophique, et s'apprête à rédiger les Lettres sur Véducation esthétique, il est dévoré du désir de revenir à la poésie, et la plume lui démange de commencer ce Wallenstein qu'il a cependant l'énergie et la patience de n'aborder que six ans après. « Au fond, dit-il, ce n'est que dans l'art que j'ai conscience de toutes mes forces : dans la théorie je suis trop gêné par les principes. Là, je ne suis qu'un amateur. Mais c'est dans l'intérêt de la pratique que j'aime à spéculer sur la théorie. Il faut que la critique me dédommage du mal qu'elle m'a fait — car elle m'a fait du mal. Depuis plusieurs années déjà, je ne constate plus en moi cette hardiesse, cette flamme vivante que j'avais avant de connaître aucune règle. J'assiste maintenant en spectateur à mon travail de créa-

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