Schiller à Kôrner, 8 juillet
rener Ehre, contient des parties excellentes. Mais nous n'avons, à propos de ces œuvres qui appartiennent à la période anté-philosophique de Schiller, aucune assertion théorique à signaler. Schiller ne paraît pas avoir pris assez au sérieux le Geisterseher pour réfléchir aux lois du genre, nouveau pour lui, qu'il venait d'aborder. Il ne semble considérer le roman que comme propre à amuser la curiosité du lecteur par l'enchevêtrement des intrigues, et à surexciter sa sensibilité par la brusque surprise des coups de théâtre. Il a bien enté sur l'histoire des ténébreuses manœuvres auxquelles le prince finit par succomber une conversation philosophique dans laquelle celui-ci développe des vues empiriques sur la morale et montre ainsi combien le scepticisme — la Freigeisterei, selon l'expression de Schiller, — est proche de la foi aveugle et de la superstition. Mais, quelque intérêt qu'ait cette conversation en elle-même et pour l'histoire du développement philosophique de Schiller, l'auteur comprit si bien qu'elle formait hors-d'œuvre, qu'il la supprima dans l'édition définitive du fragment.
A l'époque même où Schiller travaille à la seconde partie de son roman, nous le voyons songer très sérieusement à l'épopée proprement dite. De 1788 à 1791, la correspondance de Schiller et de Kôrner est tout émaillée de projets épiques. Dans le beau poème philosophique, les Artistes, Kôrner croît reconnaître les idées essentielles d'un Julien rApostat, dont les deux amis avaient dû s'entretenir à Dresde, et encore trois ans après cette allusion, il plaide pour Julien qui aurait certains avantages que nul sujet moderne ne pourrait offrir au poète : le costume, c'està-dire la couleur locale gréco-latine, et l'éloignement du temps permettant à l'imagination poétique de se déployer en toute liberté ^ Précisément en 1788, Schiller, en son-