Kôrner à Schiller, 25 avril 1788 et 6 décembre
géant à cette tragédie, selon le canon antique, les Maltheser, qu'il a fini par remplacer par la Fiancée de Messine, s'est livré à une étude sérieuse d'Homère dont il lit l'Odyssée dans la traduction de Voss et l'Iliade dans une traduction en prose, et il est très probable que l'étude de ces chefsd'œuvre de l'art épique lui a suggéré, comme la même étude l'a suggéré à Goethe, le dessein de rivaliser avec Homère dans son propre domaine. Kôrner qui est, à ce moment, le véritable « accoucheur » des idées de Schiller, lit, par hasard, à la même époque, les œuvres de Frédéric H, notamment VHisloire de mon temps, et, à ce propos, il se demande si Schiller ne devrait pas consacrer un poème épique au grand roi, sans, bien entendu, les « machines » allégoriques ou féeriques conventionnelles, et rédigé dans un autre mètre que l'hexamètre *. L'idée lève dans l'esprit de Schiller. Il allègue tout d'abord, il est vrai, qu'il n'est pas encore mûr pour un ouvrage de ce genre. Il ne redoute pas les difficultés provenant du caractère moderne d'un pareil sujet, ni celles qu'il y aurait à concilier le ton épique avec les exigences d'un sujet contemporain. Mais il faut que des œuvres poétiques et historiques plus parfaites de sa plume aient auparavant préparé la totalité du public allemand à lui voir entreprendre une œuvre nationale de cette envergure-. Mais quelques mois plus tard, les scrupules de Schiller semblent s'atténuer. Il a conscience de n'être pas dépourvu du talent particulier qu'exige le genre épique : il faut seulement qu'à ces dispositions innées vienne s'ajouter une étude approfondie d'Homère et des, temps modernes. Il se rend compte qu'un poème épique du xviii* siècle doit différer de tous points de l'épopée antique. Il faut qu'une épopée moderne représente nos mœurs, notre vie politique et domestique, nos arts, notre philosophie, qu'elle soit, en un mot, l'image complète de