‹ La poétique de Schiller; essai desthétique littéraireChapitre 37 sur 97 · Kôrner à Schiller, 2 novembre · texte numérisé non relu

Kôrner à Schiller, 2 novembre

entreprendre Tœuvre gigantesque d'idéaliser ce héros réaliste. En revanche, il songe à un Gustave-Adolphe. C'est justement le sujet philosophique suggéré par Kôrner qui l'a fait songer au héros suédois. Sans doute, l'histoire de l'humanité serait le sujet le plus magnifique que pût rêver un poète. Mais il est trop beau, trop vaste, trop profond, trop abstrait. « Tout sujet philosophique est inadmissible en poésie, surtout dans les genres qui doivent atteindre leur fin par l'action. » Au contraire, s'il était possible de trouver un sujet historique, riche en action, que l'on pût combiner d'une façon non seulement naturelle, mais encore nécessaire, avec des idées philosophiques, ce pourrait être une œuvre excellente. L'histoire de l'humanité constitue un épisode nécessaire de l'histoire de la Réforme et celle-ci est indissolublement liée à la guerre de Trente Ans. Il dépend donc seulement de l'art du poète de traiter, dans un poème épique qui s'étendrait de la bataille de Leipzig à la bataille de Lutzen, d'une manière complète et cependant naturelle, toute l'histoire de l'humanité, et cela aurait bien plus d'intérêt que si cette histoire formait le sujet principal de l'œuvre. Cependant il n'est pas décidé encore pour Gustave-Adolphe, et il est possible qu'il puisse trouver un sujet encore plus favorable au iv* ou au v* siècle ^

Cette lettre de Schiller, à laquelle Kôrner ne répond que brièvement, clôt la correspondance relative aux projets épiques du grand poète. L'on sait que ces projets, formés avec tant d'enthousiasme, ne furent jamais réalisés. Faut-il le regretter? Nous ne le pensons pas. Les idées que Schiller développe au sujet de la Frédériciade nous inspirent quelque inquiétude. Le nom seul de l'œuvre projetée nous rappelle fâcheusement les épopées des victimes de Boileau. Cette machinerie, destinée à remplacer les divinités de l'Olympe, nous fait songer au merveilleux civilisé, moderne

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