‹ La poétique de Schiller; essai desthétique littéraireChapitre 5 sur 97 · Schiller à G. de Humboldt, 9 août · texte numérisé non relu

Schiller à G. de Humboldt, 9 août

tion ; j'observe le jeu de l'inspiration, et mon imagination a moins de liberté depuis qu'elle ne se sait plus sans témoin. Une fois que l'art [Kunstmdssitjkeit) sera devenu en moi nature, comme l'éducation chez un homme cultivé, la fantaisie recouvrera sa liberté perdue et ne se posera plus que des limites volontaires *. »

Voilà l'expression des véritables sentiments de Schiller qui n'en persista pas moins, on le sait, à poursuivre jusqu'au bout ses tardives études, et qui sut en tirer l'une des œuvres esthétiques les plus éloquentes et les plus profondes de l'Allemagne.

Cette œuvre et quelques traités secondaires, qui s'y rattachent, une fois achevés, il eût semblé que Schiller, comme débarrassé d'un fardeau pénible, bien qu'il se le fût imposé lui-même, dût se jeter en affamé sur ce sujet de Wallenstein qu'il tenait depuis si longtemps en réserve, et auquel il lui tardait tant de se consacrer tout entier. Mais il n'en est rien. Au lieu du Wallenstein, c'est le Traité sur la poésie naïve et sentimentale qu'il se met à rédiger. Et pour peu qu'on y réfléchisse, cela se comprend aisément. Schiller, au sortir de son stage philosophique, devait éprouver, au moment de se remettre à la poésie, quelque hésitation et quelque doute. N'avait-il pas séjourné trop longtemps dans l'atmosphère, subtile et délétère pour l'artiste, des concepts? N'avait-il pas laissé, dans les broussailles de la dialectique kantienne, quelque chose de sa spontanéité artistique? Pourrait-il reconquérir le don de voir les choses sans l'écran obscurcissant des idées générales? Pourrait-il s'abandonner au vol de son imagination sans être à chaque instant arrêté par son

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