‹ La poétique de Schiller; essai desthétique littéraireChapitre 42 sur 97 · Schiller, Œuvres, Reclam, t. X, p · texte numérisé non relu

Schiller, Œuvres, Reclam, t. X, p

force et par la fougue, par un dessin parfois grossier, mais toujours caractéristique, par des couleurs parfois criardes, mais toujours pleines de vie. Le véritable drame devra réunir les qualités de l'une et de l'autre forme, en évitant leurs défauts : « une bonne copie de la nature exige à la fois une généreuse hardiesse qui essaie de s'approprier toute la moelle de la nature et d'atteindre tout son essor, et une naïveté pudique qui atténue dans des miniatures la crudité des traits qu'on se permet dans des fresques \ Schiller, comme Lessing, considère le théâtre comme un microcosme ayant des lois particulières, obéissant à une finalité spéciale, devant réduire à une unité, à une causalité perceptible ce qui, dans le théâtre de l'univers, dans le macrocosme, création de l'Être tout-puissant et omniscient, paraît à des yeux humains sans lien et sans loi. Il faut, sans doute, que ce microcosme soit une reproduction du macrocosme, que des reflets de celui-ci pénètrent en lui et l'éclairent, mais il ne faut pas qu'il vise à en être la copie : l'imitation la plus fidèle de la nature ne saurait jamais être qu'une trahison*.

Schiller est revenu, quelques années après, à la théorie du drame. Il avait passé par une profonde transformation intellectuelle. Il avait répudié la fougue révolutionnaire des drames de sa jeunesse, s'était calmé et « embourgeoisé » au contact de Kôrner et établi à Weimar, dans la proximité de Goethe. C'est en grande partie pour faire sentir à celui-ci la vigueur de son intelligence, pour lui faire comprendre quel ami et au besoin quel adversaire il pouvait devenir, qu'il a écrit cette récension d'Egmont dont il crut naïvement qu'elle avait satisfait Goethe. Ce qui nous intéresse dans cette critique, qui, d'ailleurs, est pleine de force et de pénétration, c'est que Schiller y tente une division à la fois historique et logique des sujets tragiques. Le poète

1. Ueher das gegenwàrtige deutsche Theater, fEuvres, Reclam, t. X, p. 28.

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