Ueber die aesthetische Erziehung des Menschen, lettre
Bascb. — Schiller. 11
que Schiller appelle la beauté énergique et la beauté apaisante et que la beauté idéale, « éternellement une et indivisible », ne saurait jamais exister*. Le beau, on le voit, est exactement pour Schiller ce que le bien, le devoir, est pour Kant. De même que Kant accorde que jamais peut-être un seul acte absolument moral n'a été accompli, et qu'il n'y a jamais eu un Impératif entièrement catégorique, sans que cela lui inspire la moindre inquiétude sur la rectitude de sa déduction de la morale, de même Schiller avouerait, avoue qu'il n'y a jamais eu ce qu'il appelle la beauté véritable, parfaite, sans que cela lui inspire aucune inquiétude sur la réalité de l'idée de la beauté. De même que Kant — j'insiste sur le parallélisme, vu que Schiller ne fait qu'appliquer la méthode de la morale kantienne à l'étude du beau — affirme que tous les concepts moraux ont leur origine a priori dans la raison, tout de même Schiller affirme que les concepts d'esthétique sont, eux aussi, des concepts purs de la raison, reine Vernunftbegriffe, concepts qui, ne pouvant être déduits de cas particuliers, mais dirigeant au contraire tous nos jugements sur les cas particuliers, ne peuvent être déterminés que par abstraction, et doivent être considérés comme une condition nécessaire de Vhiimanité. « Or, comme l'expérience ne nous révèle que des états particuliers d'hommes particuliers et jamais l'humanité elle-même, il faut que nous essayions de découvrir au milieu des manifestations individuelles et variables, l'absolu et le permanent, et que nous nous emparions, par l'élimination de toutes les limites contingentes, des conditions nécessaires de ces manifestations-. » En dernière analyse donc, le beau est pour Schiller un impératif déduit de l'idée pure de l'humanité parfaite.
Il nous reste à montrer maintenant que tout ce que nous avons dit sur le beau en général, vaut pour la poésie. Guil-