Schiller à Haber, 27 août
lence à celle du christianisme. Et à ces premiers travaux d'approche en succèdent d'autres. Durant son séjour à Rudolfstadt, il ne lit que de l'Homère : l'Odyssée dans la traduction de Voss, l'Iliade dans une traduction en prose. Il se propose de ne lire pendant deux ans aucun écrivain moderne, aucun ne le satisfait entièrement et seule la lecture des anciens lui procure des jouissances véritables. Il avoue qu'il a besoin d'eux pour purifier son goût dont la subtilité, le raffinement et l'affectation, Spitzfindigkeit, Kûnstlichkeil und Witzelei étaient très loin de la simplicité véritable. Il espère que la familiarité avec les anciens lui donnerait peut-être la classicité. Il se propose de les étudier d'abord dans de bonnes traductions, et puis, une fois qu'il les saurait presque par cœur, de lire les originaux. De cette façon il compte apprendre le grec en se jouant K Et, en effet, il se met non seulement à lire d'après le texte grec, la traduction latine et la traduction française du P. Brumoy, Iphigénie en Aulide et les Phéniciennes d'Euripide, mais encore à les traduire en iambes allemands : il compte ainsi pénétrer dans le génie grec et acquérir insensiblement leur manière. Après les deux tragédies d'Euripide, il entreprendra ÏAgamemnon d'Eschyle ^. Mais, on le sait, il ne réalisa pas ce dessein et se détourna pendant de longues années des lettres grecques. Il est nommé professeur à l'Université d'Iéna et obligé de s'adonner à des études historiques. Puis avec le poème intitulé Les Artistes, il s'achemine vers l'esthétique dans laquelle il reste enfoncé jusqu'au moment de la composition du traité qui nous occupe. Quelles étaient, à ce moment, ses véritables relations avec le génie grec? Jamais en apparence il n'en fut plus éloigné. Lui, qui avait reconnu lui-même dans son esprit un excès de subtilité et de raffinement et à qui tous ses lecteurs, même les plus enthousiastes comme Kœrner, reprochaient de dédaigner