‹ La poétique de Schiller; essai desthétique littéraireChapitre 84 sur 97 · Jbid., p · texte numérisé non relu

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place tout à fait différente. Dans la première, l'idylle manque complètement, dans la seconde l'élégie est le genre dont l'idylle est l'espèce, et dans la troisième enfin c'est l'idylle qui est le genre dont l'élégie est l'espèce. De plus, la nature de l'élégie n'est pas caractérisée de la même façon dans les deux dernières classifications. Dans la première, en effet, l'élégie est le genre poétique dans lequel prévaut l'idéal, dont l'impression dominante est le plaisir excité par cet idéal. Ce qui n'empêche pas Schiller d'affirmer que, dans l'élégie, l'idéal et la réalité sont tous les deux un objet de tristesse, vu que l'idéal est représenté comme non atteint, et la nature comme perdue pour les hommes. L'élégie nous apparaît donc ici comme née de ce que nous appellerions, avec Schiller, un sentiment me'/ang'e. Dans l'élégie, nous tendons de toute notre âme vers l'idéal et cet état de tension est un plaisir; mais nous nous apercevons immédiatement qu'il n'est donné à l'homme ni d'atteindre l'idéal ni de revenir à la nature, et cette constatation est une peine. En tout cas, la poésie élégiaque naît toujours de l'opposition entre la nature et entre l'idéal : la nature, dit Schiller, s'oppose à l'idéal de telle sorte que c'est l'idéal qui prévaut. Lorsque nous en venons maintenant au dernier essai de classification, les choses ont changé. Si, dit Schiller, c'est la contradiction entre la réalité et l'idéal qui prévaut, nous sommes dans le domaine de la satire; si c'est leur accord, nous sommes dans celui de l'idylle et si nous sommes partagés entre l'une et l'autre de ces deux impressions, nous sommes dans celui de l'élégie. Nous nous apercevons, dès l'abord, que la nature de l'élégie a changé. Tout à l'heure, dans l'élégie, nous n'étions pas partagés entre la contradiction et l'accord, mais nous étions frappés exclusivement par le désaccord. C'est seulement lorsque le poète prend conscience combien loin nous sommes, d'une part, de l'antique candeur des mœurs et, de l'autre, du règne de l'idéal, qu'il devient élégiaque, et c'est le sentiment vivace

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du désaccord de la réalité et avec la nature naïve et avec l'idéal qui explique sa tristesse. Il y a à n'en pas douter dans toute la théorie de l'élégie quelque chose d'obscur et d'ambigu qui ne fait qu'augmenter lorsque nous revenons à la première définition de l'élégie et que nous la comparons à la définition de la satire. L'on se rappelle que Schiller a affirmé que la satire n'atteint à la dignité d'un genre poétique que si elle naît du sentiment de la contradiction entre le réel et l'idéal, que si le poète satirique, en représentant les choses les plus basses, les élève jusqu'à l'idéal. Il s'en suit que le poète satirique, en décrivant et en invectivant la réalité, doit toujours tendre vers l'idéal : la satire n'est vraiment pathétique que si elle jaillit d'une âme toute pénétrée d'idéal'. Cela rappelé, nous prétendons qu'à s'en tenir uniquement à l'état d'âme du poète et du lecteur, comme le demande Schiller, il n'y a aucune différence spécifique entre l'élégie et la satire. Dans la satire ne prévaut la réalité que pour qu'elle puisse être opposée à l'idéal, et dans l'élégie ne prévaut l'idéal que pour être opposé à la réalité. Dans la première, sans doute, c'est sur la réalité et ses bassesses, et dans la seconde, au contraire, sur l'idéal et sa splendeur qu'insiste le poète. Mais Vétai d'âme, Empfindungsweîse, est identique. Le satirique domine toujours la réalité du haut de son idéal, et l'élégiaque ne pleure l'idéal irréalisé que parce qu'il a toujours devant les yeux la réalité imparfaite.

De tout cela, il résulte évidemment que Schiller n'apas clairement déterminé la position réciproque de la satire, de l'élégie et de l'idylle. Il nous semble que le vice de la division de Schiller, c'est d'avoir rapproché l'élégie de l'idylle au lieu de l'avoir associée à la satire, et que ce vice résulte de ce que notre esthéticien ne s'est pas rendu clairement compte du rôle que devaient remplir dans sa division la

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