Ueber naive und sentiment alische Dichtung, p
l'influence de la poétique de SCHILLER 331
dans ce rapport que consiste l énergie poétique du poète sentimental, der Gegenstand wird hier aufeine Idée bezogen, und nur auf dieser Beziehung beruht seine dichterische Kraft. » Il y a sans doute dans la formule de Schlegel un mot qui ne se trouve pas dans celle de Schiller, le mot « individuel ». Pour Schiller, l'œuvre propre du poète sentimental c'est de rapporter les objets à une Idée, l'accent est mis sur le terme : Idée, tandis que Schlegel insiste sur l'objet individuel qui est transformé par une imagination idéalisatrice, et, chez lui, l'accent porte sur l'objet individuel. Mais l'opération psychologique est identique, et nous verrons tout de suite qu'à mesure que Schlegel prendra conscience de la portée et du sens véritable de la doctrine nouvelle qui, à ce moment, tressaille encore confuse et indistincte dans son esprit, il insistera lui aussi, tout comme Schiller, beaucoup plus sur l'Idée que sur les objets individuels.
En effet, une fois que Schlegel fut parvenu à dégager, par opposition à la poésie antique, le concept de la poésie moderne, il abandonne son dessein primitif qui était d'affirmer la préexcellence de la poésie antique et il élève sur le pavois la poésie moderne. Là encore, il y a parallélisme entre Schiller et Schlegel. Schiller, lui aussi, nous l'avons vu, après avoir fait de la poésie naïve le sommet de toute poésie, réduit peu à peu la poésie naïve elle-même à la poésie sentimentale, et c'est sans contredit pour celle-ci que l'ensemble du traité sur la poésie naïve et sentimentale revendique la primauté. C'est dans les fragments critiques du Lycée des Beaux- Arts, 1797, et de VAthendum, 1798, que Schlegel tente de dégager sa conception de la poésie romantique. J'y relève tout d'abord un fragment très important qui montre combien la poétique de Schiller était présente à la mémoire de Schlegel au moment le plus important et le plus fécond de sa carrière de théoricien. » Il est, dit-il, une poésie dont le tout est le rapport de l'idéal et du réel
et qui, par conséquent, devrait s'appeler, par analogie avec la langue technique de la philosophie, poésie transcendentale. Elle débute comme satire avec l'opposition absolue entre l'idéal et le réel, plane, comme élégie, entre les deux, et s'achève comme idylle avec leur identité absolue. Mais de même qu'on attribuerait peu de valeur à une philosophie transcendentale qui ne serait pas critique, qui ne représenterait pas, en même temps que le produit, le producteur, et qui ne contiendrait pas dans le système des pensées transcendentales une caractéristique du penseur transcendental, tout de même cette poésie devrait unir les matériaux transcendentaux et les prolégomènes à une théorie poétique de la faculté poétique que l'on trouve assez souvent chez les poètes modernes, à la réflexion artistique et au beau miroitement de soi-même Selbstbespiegelung que l'on rencontre chez Pindare dans les fragments lyriques des Grecs, l'ancienne élégie, et parmi les modernes chez Goethe, de telle sorte que cette poésie se représenterait elle-même dans chacune de ses œuvres et serait partout à la fois poésie et poésie de la poésie* ». On reconnaît sans peine dans la première partie de ce fragment la théorie schillérienne de la poésie sentimentale et l'on surprend sur le vif dans le nom de poésie transcendentale donné par Schlegel à la poésie sentimentale, et dans tout le reste du fragment la tendance de Schlegel à partir des données schillériennes et à les pousser par des analogies, qui souvent ne sont que toutes verbales, à des conséquences extrêmes que Schiller aurait répudiées. La poésie transcendentale d'ailleurs, est-elle pour Schlegel un synonyme de la poésie romantique? II ne nous le dit pas expressément, mais cela semble certain si l'on se réfère à d'autres textes où Schlegel prétend expressément définir la poésie romantique. Nous ne trouvons sans doute, même dans ces textes,