‹ La poétique française: le présent et l'avenirChapitre 16 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les voyelles équivalent toutes à des sons qui servent à former les idées. Celles-ci s'associent toujours à des images de coloris (idées sombres) ; d'acoustique (idées graves ou légères) ; d'odorat ; de goût (pensées douces, amères, insipides) ; de sécheresse, de dureté, de mollesse (idées larges, étroites, tendres, noires, légères). S'exprimer ainsi ce n'est pas autre chose qu'exprimer visuellement une impression intellectuelle. Pourquoi dès lors une idée grave ne serait-elle pas traduisible par les sons graves, une idée douce par un son doux, ou la réunion raisonnée de mots contenant à la fois des sons doux, des sons graves et bien d'autres encore ?

Ce n'est pas qu'il y ait de règles à cet égard. Mais .on peut dire que tout poète, au moment où il se sent inspiré, s'occupera d'instinct des mots à employer, rejettera ceux qu'il ne trouve pas adéquats, et utili-

sera, au contraire, les vocables les plus propres à traduire ses sentiments. « Ils (les poètes) ne calculent » pas les effets, mais ils lès sentent et ne sont satis- » faits que lorsqu'ils ont trouvé l'expression adéquate » à l'idée J . » — « C'est affaire au vrai poète, disait » Clair Tisseur, de sentir la chose d'instinct, sauf à » la passer à l'alambic, une fois faite. » Et Musset: « Il n'y a pas de si belle pensée devant laquelle un » poète ne recule si la mélodie ne s'y trouve pas, » qu'il s'agisse également de facture et d'expression. Si donc il n'y a pas de règle au point de vue esthétique, on peut néanmoins déduire de l'examen de certaines pièces que les voyelles ou les consonnes correspondent (même sans que les poètes y aient pris garde, leur instinct les ayant à cet égard infailli- ■ blement guidés), à des combinaisons de sons et à des traductions phonétiques véritables. Dès lors : de par l'étude des poèmes publiés jusqu'ici, car il ne s'agit que du passé et du présent — comment prévoir l'avenir ? — on peut attirer l'attention du poète sur trois points :

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