‹ La poétique française: le présent et l'avenirChapitre 24 sur 53 · Grammont, p · texte numérisé non relu

Grammont, p

Les explosives heurtent Tair d'un coup sec et saccadent le style en se répétant souvent.

Les occlusives sourdes : t, c, p produisent cet effet plus nettement encore que les occlusives sonores d,g,b.

Les consonnes peuvent marquer physiquement :

I) Un bruit répété : cliquetis, cric-crac.

Et faisan/ à tes bras qu'autour de lui lu. jettes Sonner tes bracelets où tintent des clochettes.

(Leconte de Lisle.)

II) Des mouvements saccadés ou secs comme des coups.

En se frappant le cœur avec un cri sauvage.

(Musset.)

III) Ou plus doux :

Que ne l'étouffais-tu, cette flamme brûlante Que ton sein palpitant ne pouvait contenir.

(Id.)

Au point de vue moral ces consonnes peuvent exprimer, par leur répétition saccadant les paroles, des sentiments divers:

I) L'ironie âpre et sarcastique « car le morcellement dû aux occlusives détache chaque élément d'idée et martelle l'un après l'autre tous les traits qui frappent successivement, comme des flèches qu'on décocherait sans interruption * ».

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Vol/ige-Ml encor sur tes os décharnés?

Toû siècle é£ait, di/-on, trou jeune pour te lire ; Le nô/re doit te plaire et tes hommes sont nés.

(Musset, Rolla.) 1. Grammont, p. 248.

. fc ,. W menl de la colère:

— />ï>ù viens-/u? Ou'as-/u fait ce//e nuit?

: "'< r1r *' n ~ c me veux-*u? Oui /amène à cette heure ? ,•.*■'***■ V.. insi/a'tu jour oïl s*es/-il é/endu? ^ ** ., çf ^nJron, seul, je veille et je pleure, " ; ' f,^ dm fuel lit, à ?ui souriais-tu ?

'^•' ] * ' .Musset, .Vu i7 d'octobre.)

^ ltR ffon morale, le trouble intérieur :

■' ' . j 0U tc mor/el dont je suis açi/é.

*** lc Hacink, PAèrfrc.)

'on n* dise P as ^ ue ^° ^° m ^lables considé-

. « sont inutiles. C'est faute d'y recourir qu'on

^' Ml m poser des vers choquants « parce qu'il y a

^krf»rd* ncc enlre l'idée exprimée et les moyens

nloyés f ». Tels, ces vers de Hugo dans lesquels

* -rfmcsconsonnessontrépétoestrop fréquemment,

1 1* <&* Nàèe n'exigeait pas de telles répétitions :

... Je crois dans tous les cas

* Qu'ici dans les caveaux ils ont '/uelgue cachette.

K Les Rury raves.) i Gomme un arbre au printemps </ue le ver pigue au cœur.

f Lamartine. Joceh/nr

Tu te n 1 vol /es, /u /'irri/es, O mon aine, de ce que M Ne comprend pas /ous /es meri/e* Et mot /on /aient sous Tau/cl.

^aintk-Ueuve.ï

1^ Consonnes continues.

Elles se divisent en :

1 Nasales n : m ; 1. Grammont. p. 250.

2) Liquides 1 ; r ;

/ fricatives f, v (ou spirantes labio-

3Ï S * t < dentales )' ' ) sifflantes (ou spirantes dentales).

[ chuintantes ch, j.

Ces consonnes sont rarement isolées, mais s'unissent au contraire pour exprimer simultanément différentes nuances concourant à un même but.

§ 1 er . — Consonnes nasales.

Les consonnes nasales sont dentales ou labiales en tant qu'articulation, seulement si elles sont jointes à des lettres dentales ou labiales. Mais, à défaut de ces lettres, leur qualité nasale ressort particulièrement. Dès lors leurs sons voilés servent à l'expression — déjà envisagée à propos des voyelles nasales — .de la lenteur, de la mollesse, de la langueur :

Gomme des pas muets qui marchent sur la mousse.

(Lamartine.) Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache.

(Racine, Phèdre.)

« dit la nourrice de Phèdre, iEnone, dans un vers sans muscle pour ainsi dire, humide et amolli comme un sanglot,, où l'oblitération de la consonne m quatre fois répétée a une valeur musicale bien sensible pour toute oreille un peu délicate 1 ».

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