‹ La poétique française: le présent et l'avenirChapitre 25 sur 53 · Stapfer, Racine et V. Hugo · texte numérisé non relu

Stapfer, Racine et V. Hugo

§ 2. — Consonnes liquides.

Les liquides marquent l'écoulement, la ffuMbi, surtout la liquide 1.

Le Heuve en s'écoulant nous laisse dans ses vases. (Lamartine, Recueillements.)

La liquide r, de par sa prononciation, est un** consonne vibrante dont la valeur varie suivant quelle sappuie sur des voyelle» claires ou aiguës oasuar des voyelles éclatantes ou sombres.

L'r exprime :

I) Un grondement aigu.

Le perfide triomphe et se rit de ma rage.

Racine, Andromaqua.)

II) El. aussi, ce qui arrive le plus souvent, migrons dément sourd ; 1> s'appuie alors en majorité sur <fes voyelles eelala.nl es comme dans grogner, ou sur de* voyelles sombres, comme gronder, ronron, ronfler r mais presque jamais sur des voyelles clairesk

Ri lu peu pi h «a /'iimeur gronde autour du prétoire.

(LECONTE DE LlSLI.)

rrf . Appuyé sur des voyelles graves l> peut marquer encore l'écrasement, tels les mots écraser, hrr>y.>;,\ et même un roulement bruyant :

On von* voit moin.* souvent, orgueilleux et sauvage, TmMl faire voler un char *ur Le rivage.

§ 3. — Consonnes spirantes.

Les spirantes expriment toutes un souffle :

Tantôt mou et sans bruit ou accompagné d'un bruit très sourd, avec les spirantes labio-denlales . fetv.

Sur le groupe endormi...

Flottait, crêpe vivant, le vol mou des vampire». [(Herbdia, Les Conquérants de VOr.)

Tantôt accompagné de chuchotement, avec les chuintantes chet j.

Tantôt accompagné d'un sifflement léger et violent, ou un sifflement accompagné de souffle, avec les spirantes dentales ou consonnes sifflantes proprement dites : c, s, z.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?

(Racine.) Tircis qui l'aperput, se glisse entre des saules.

(La Fontaine.)

On peut déduire de là que beaucoup de vers où le sifflement n'était pas exigé sont défectueux parce qu'ils sont sibilants :

Des baisers sont sur sa bouche.

(Lamartine.)

Pourquoi ici ces spirantes répétées ?

Même réflexion à propos du vers de Chénier :

Ah 1 ees baisers si vains ne sont pas sans douceur. (A. Chénier, L'Oaristys.)

L'wuy&î é* & Jiqcj-d* 1 st*ic ;■» çpîranles labio- ^fic 1 ^.^ î *l y. <.-ii «IBafifoe * ajroie ara nuances de wiïRh 'vu de trî*e nne idée de 3âquîdiUr :

;/-. -,i6f *?. te ptonà f<x£^ rrâseitr szr leurs caïqnes.

Hlgo.;

1,'rie W'M de flottement ou de vol flottant :

U noit «or U pe/ouse HtUtMt te zkphyr dans *on toile odorant.

M'JSSET.)

[/emploi des spirantes labio-den taies f et v, ou tUmUiUtH Sifflante») avec la vibrante r, donne rimpriiHHiofi d'un frottement, frôlement, froissement, frtiiiiiHHMficnt, frisson. Ce fait est remarquable surl.oiiL diiriH la combinaison de la labio-dentale avec la vibrante r.

et les vents alizés (lon//aril d'un Huu/yZc /Vais leur voilure plus ronde. (Ukhkma, Les Conquérants de l'Ôr.)

« A Toxprossion du souffle (s, z, v, f) s'ajoute une » idôo du liquidité (1) et de frémissement (r 1 ) ». L'r tout soûl no peut pas exprimer le frémissement s'il n'ont pas accompagné d'f et d's.

t. llwnituont, t». ^tk».

Articulation des consonnes.

Les consonnes ne sont pas à envisager uniquement au point de vue de leur mode d'articulation : occlusives, spirantes, liquides, nasales. Il faut considérer aussi quelle valeur leur donne l'articulation proprement dite.

A cet égard les consonnes se répartissent ainsi :

Dentales : t, d, s, z, n, 1, ra.

Palatales (palais) : que, gué, ch, j, ri.

Vélaires (voilées) : cou, gou, rou.

Labiales et labio-dentales : p, b, f, v, m.

Vt est mis au nombre des dentales, des palatales et des vélaires à cause des valeurs et articulations différentes que comporte cette lettre suivant les cas.

Dentales :

Les dentales (surtout t), unies à la spirante sourde s et un r quelconque, produisent une explosion interdentale qui précède les sanglots et Ton peut par ce moyen peindre la tristesse, la douleur. Exemple, le mot triste lui-même.

(Test le plus triste jour de fous ; c'es* aujourd'hui. (T. Gautier, Après le Bal.)

Palatales et Vélaires :

Les palatales ou les vélaires combinées avec r produisent le son imitatif qu'on trouve dans les mots craquer, gronder.

Elle fait, sur son flanc qui ploie, Craquer son corset de satin.

(Musset.) Labiales et Labio-Dentales :

Les labiales et les labio-dentales se prononcent avec un gonflement des lèvres exprimant le mépris et le dégoût : « Qui a vu les bas-reliefs de Reims se » souvient du gonflement de la lèvre inférieure des » vierges sages regardant avec mépris les vierges » folles * ». Souvent les poètes ont noté ce jeu de physionomie et sa valeur :

L'ange sans dire un mot regarda le fantôme Fixement, et gon/la sa lèvre avec dédain.

(Hugo, Fin de Satan.)

Les mots fi, poua et autres de ce genre, se prononcent avec un gonflement analogue :

Je ne prends point pour juge un peuple téméraire.

(Racine, A t ha lie.)

De tels mots servent souvent à marquer l'ironie :

A des partis plus hauts ce fceau /Ils doit prétendre. ^Corneille, Le Cid.)

Sauf dans le cas où l'idée ne comporte pas l'ironie. Exemple :

Quoi \ le beau nom de /ïlle est un /i/re, ma *œur, Dont vous you/cz quitter ta c/tarmante douceur.

Molière. Femmes savantes.)

On ne doit pas accumuler les labiales à tort et à travers, car 1 attention serait alors trop vivement frappée et le son deviendrait mauvais.

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