L'HIATUS
Je tiens, avant d'écrire sur l'hiatus, à bien fixer le point suivant. Je ne prétends ni ne veux composer de traité prosodique, mais je désire simplement m'occuper de certaines questions à peine élucidées encore.
Jusqu'à Ronsard le poète peut mettre à la césure un mot terminé par un e muet faisant syllabe; et aussi à l'intérieur d'un vers les diphtongues ée, ie, ue et les voyelles doubles at-£, oi-e, ou-e, au-e, ui-e. Les poèmes de Ronsard et de ses contemporains en font foi, et avant eux Villon, Ch. d'Orléans, 0. de Saint-Gelaîs avaient usé de ce procédé.
Le poète pouvait aussi ne tenir aucun compte de la syllabe muette :
La pluye nous a déluez et lavez (10 pieds).
(Villon.)
Ronsard, lui, fut partisan, dans son Art poétique, de faire disparaître au moyen d'une syncope Ve des vocables singuliers et pluriels se rencontrant au milieu du vers :
Contre Mézance Ené' branla sa pique
donne- t-il comme exemple.
Or, cola revient à dire que IV précédé d'une voyelle ne compte pas dans la mesure du \ers,parce ou il w<* comfUr pas dans la prononciation. « La conformité du vers et du parler exigeait qu'il disparût de l'orthographe comme de la mesure *. » Aussi beaucoup de poètes du xvi* siècle écrivent-ils : Je prtrai, je lotirai, remplaçant IV muet par un accent circonflexe commandant rallongement de la voyelle.
An \vn* siècle Vaugelas, Racine, Molière, Regnard on usent ainsi dans des mots comme remue-ménage, pir-grirchf* l>ans d'autres vocables, comme dénu-e- **r*/, l'écriture est on retard sur la prononciation. Pou à pou IV muet qui comptait dans : «te, aient ibien que firifnt no comptât que comme monosyllabe) dexieni monosxllabc* sauf quelques archaïsmes.
IV nicMuc pour le* mots rrwwf , pHenU croient^ Voltaire x cul qu'ils n'aient qu\ine syllabe et ne s'emploient qu'à la fin du vers. << Or, s^iis ne raient qu'une
* s\ ïlabc\ oe sont comme aitnl* dos terminaisons v w**$* v tth«es. >i Von x*eul les employer à llnlérieur
* »ia x-ers, oa Wa il firol faire «r^r.^yiàf-^j.dîssyl- » "ixbos oi :Yrr .r.-ns. <ra îneai v! fanî foire yd*- trn pli\
* .*■*.' r*;^,*ï t .sy'îA^»os M ?ïY*$:\fc hr.s : rjc il saut* aux » yo«.\ ^,; ..xi ,v*.:r*«c«..';«i **£*■ Sr TLOi£ frisant » >* ..*:* ^i.-,' \ .■..;*.:* joçif*-.; m £-ML.^ri&ms « !>
.^ .":ni î.j-niiiil, ..! «V '"v.'li tfl*. * £* /•**fcWCH» HiUMT-
La règle était très bonne. Les classiques, à la suite de Malherbe et de Boileau, ont eu tort de ne pas s'y rendre et de n'admettre dans l'intérieur du vers aucun mot terminé par un e ne se prononçant pas, c'est-à-dire ne comptant plus aujourd'hui comme une syllabe. C'est ainsi qu'on ne peut dire en vers : la feue reine y la journée belle, la. soirée limpide, la, pluie fine ; « on ne peut avoir l'envie de rire, ni la vue basse, ni une entrevwe secrète, ni de la sympathie pour quelqu'un * ».
On voit la faute. Le vers condensant la pensée, il fallait, avant tout, multiplier les accents et les rapprochements et, pour y arriver, éliminer les mots parasites, les syllabes atones au profit des voyelles sonores, ayant par ce moyen « supprimé les frotte- » ments qui dépensaient la force vive » du langage poétique *.
Au milieu du xvn e siècle on appelle e muet tout e qui n'est ni fermé ni ouvert, c'est-à-dire non surmonté d'un accent grammatical. Nomme-le a deux e. Le premier ne s'entend pas, c'est un véritable muet; le second est sonore, a un accent tonique dont le son se rapproche de la diphtongue eu.
Or, n'oublions pas que Ve muet, à cette époque, n'entre plus dans la prononciation quand il est muet : la preuve est qu'on l'enlève dans des mots comme houblon, chambrette, etc. qui s'écrivaient autrefois : houbelon, chamberette.
i.Id.