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sur cette lettre h que sur l'h du mot Aomme qui a toujours été une lettre muette.
De même l's final du mot brebis qui se prononçait au moyen âge, dès le xvii e siècle, cessait d'être prononcé. Et du jour où une consonne n'a plus été prononcée, elle a cessé d'empêcher la rencontre des deux voyelles qu'elle séparait ; dès lors l'hiatus interdit a reparu, malgré la règle qui l'autorisait.
Et M. Grammont dit avec raison que si la poésie évite : le roi en rit ; elle doit éviter aussi à cause de Thiatus : le roi Henri.
On peut encore ajouter qu'une voyelle nasale, non suivie d'un n qui se prononce, fait hiatus devant une autre voyelle:
un chemin interdit :
et de même : toute voyelle, suivie d'une consonne ne se prononçant pas, demeure telle qu'une voyelle finale. L'ajouture d'une consonne ne saurait supprimer l'hiatus, témoin ce vers de Hugo :
C'est hideux : Satan nud et ses ailes roussies.
Considérons en outre que si la rencontre de deux voyelles est désagréable et doit être évitée entre deux mots, il faut proscrire aussi de la versification tous les mots où deux voyelles se prononçant sont en contact immédiat. Or, loin de négliger ces mots, les poètes les recherchent au contraire. D'Alembert les citait en critiquant la proscription de Thiatus. Legouvé parlait avec enthousiasme de la douceur des termes : Cornélia, muette, suave, fluide, ébloui, jo-
itx, « Ces mariages de voyelles dans le sein des mots ne donnent-ils pas lieu â de charmantes harmonies * ? »
Becq de Fouquières admettait de semblables tus entre deux voyelles dont la première est Ion « « l'accent tonique allongeant la voyelle qu'il frappe » el une voyelle abrégeant une autre voyelle qui la » précède immédiatement »,
Mais, cette assertion n'est pas soutenahle. L'hiatus est parfaitement possihle entre deux voyelles dont la première est tonique. Vu de nu est bref, m quand nu a un accent rythmique. Dans le f>> tombé, ou est aussi long que dans te fou va ton
Or, il est évident que la plupart de sur l'hiatus, souvent très judicieuses, partent, néonmoins, de principes faux.
Voici des ras où la rencontre de deux vos O'esl pas plus able entre deux mots que dans
l'intérieur d'un môoae mol :
Première voyelle est i.
Que la Brèi e eût jeté sur l'autel de Diane
(Musset, Holt'a,) Un cheval effaré qui hennit dans les cicux
De miel et d'ambroiste ont doré cette Mal
ri:i\ Une
L Et La Fontaine donc î « Qui voudrait corriger sa ayi » et se plaindrait qu'il eût quelquefois faïi w les dijili longues et puisqu'il disait en vers quiétude, qu'il • fflt pas défendu d'y dire : qui es~ti
(VlASsLY,
La souris était fort froissée
(La Fontaine, IX, 7).
« L's ne se lie pas » (Littré).
Première voyelle : il.
Flairant un sang plus rouge à travers l'or du hâ\e
(Heredia, Bacchanale.) Un chat huant s'en vint votre fils enlever
(La Fontaine.)
Première voyelle : a.
Avant tout, le chaos enveloppait les mondes
(Heredia, La Naissance d'Aphrodite.) La fille de Minos et de Pasiphaé
(Racine.) Les cinq Emirs vêtus de soie tncarnadine
(Heredia, Triomphe du Cid.)
Première voyelle : é.
La fumée y pourvut ainsi que les bassets
(La Fontaine.) Mon voisin léopard Ta sur soi seulement
(Id.) Balayer — j'en réponds — ces hordes devant nous
(Hugo, But graves.) A cheval et à pied en bataille rangée 1
(Desportes.) Us voient, irradiant du Bélier au taureau
(Heredia, Le ravissement d'Andromède.)
« L'r ne se lie jamais » dit Littré.
Voilà d'abord Le cerf donné aux chiens. J'appuie et sonne fort
(Molière.)
1. « L'hiatus n'est pas empêché par la consonne, puisqu'elle ne se prononce pas. » (Malherbe.)
Première voyelle : u (ou\
Il troua l'effrayant plafond torrentiel
(Hugo, Suprématie.) Je pensai tout à coup à faire une conquête
(Musset, Une bonne fortune.)
« Le p ne se lie pas », Littré.
Le vieux Parmii les voue à l'immortelle Rhée
(Heredia, Le Laboureur.)
On pqurrait multiplier à l'infini ces exemples. Ce qui a été établi pour a s'applique à toutes les voyelles éclatantes ; pour e à toutes les, voyelles claires; pour u & toutes les voyelles sombres. La même remarque s applique aussi aux voyelles nasales :
I/Octan lUit vide et la plage déserte
(Musset, Nuit de Mai.)
Or, parmi tous les hiatus rencontrés jusqu'ici, pas un n'est désagréable. Beaucoup d'entre eux sont mémo charmants.
Dés lors je le demande, que reste-t-il de la règle qui, dans lo but d'écarter des rencontres de sons désagréables, on repousse au contraire de très harmonieux ?
Au xv* sioclo Thiatus était employé couramment: T. n'y a be$U\ ne oyseau OuYn son jargon ne chante ou crie
Ù:iAlV..F? ^'ORLEANS. RondtÛU LXIII.)
F; v;V \â$-;:i. petit senspir.
u t % .i " a ;- i" u> si doulcem eut *
\;; \\ï r >nVle l'hiatus était permis sans restriction.
Marot, Mathurin Régnier, d'Aubigné, du Bellay, Ronsard en usaient d'une façon irréprochable :
Il est son âme, elle de luy Qui recongnoissant bien les choses Luy ouvre sen beau, sein de roses Et en loyer de ses chaleurs Luy offre du baume et des fleurs.
(A. d'Aubigné, Le Printemps.) OU allez-vous, filles du ciel ? ,
(Ronsard.)
Malherbe lui-même, comme ses prédécesseurs immédiats Desportes, Bertaut, du Bartas, en fait usage :
Il demeure en danger que l'âme qui est née Pour ne mourir jamais meure éternellement.
Mais les poètes de cette époque usèrent souvent mal à propos de cette licence. Aussi le xvn e siècle proscrivit complètement l'hiatus, ce qui était une exagération.
Il faut, en somme, adopter un moyen terme, comme je le disais dans mes Considérations sur la prosodie française i ; maintenir les hiatus agréables, écarter le concours des hiatus désagréables. Ils ont une modulation, c'est-à-dire une harmonie, quand les deux voyelles se rencontrant, ne se prononcent pas avec la même ouverture de la bouche ; quand la première est plus fermée que la seconde ou au contraire plus ouverte. « Les hiatus produisent l'effet
1. Considérations sur quelques écoles poétiques contemporaines et sur les tempéraments à apporter à certaines règles de la prosodie française. (Champion.)
» d'un bégaiement, d'un ànonnement ou d'un » letnent quand les deux voyelles se prouon » avec la même ouverture buccale, pari hiatu t si * l'expression de Quintilien et ont le même point
rticulalion, c'est-à-dire, quand les deu » les sont la môme rôp
M fkul éviter seulement de tels hiatus. Exemp
Il est bien doux d'avoir dans sa vie innocente
:ij;mer, Etéyie.) Donna /Inna pleurait iTh .
Chaumière où du foyer étincelait la flamme
(Lamartinf, Milty.)
« L'r ne se lie jamais » (Littré).
tme, il forçait l'essaim invisible et hideux
i'itt Je Sa:
ita. — Les Hiatus agréables en autant dans l'intérieur d'un même ma La remarque contraire s'applique aux hiatus cfaeu
aat t ô chef
Il fut tout étui
H. Grammont remarque
duisenl un effel bizarre à l'oreille i*si souvent une | auvais go injour
contraire à l'idiome propre et populaire de France.
En résumé, il ne faut proscrire des vers que les hiatus proprement dits, aliàs les hiatus qui se produisent entre deux voyelles de même ouverture buccale, entre la même voyelle deux fois répétée.
On peut faire exception à cette règle :
Pour produire un certain effet, quelque onomatopée, peindre un bruit qui s'interrompt pour recommencer ou qui se prolonge : comme le hennissement d'un cheval :
A ces mots on cria haro sur le baudet
(La Fontaine.)
des bruits éclatants :
La nuée éclate ; I La flamme écarlate
Déchire ses flancs.
(Hugo, Le feu du ciel.)
pour exprimer un choc, une saccade, un mouvement répété, brusque ou simplement prolongé « suivant » que l'hiatus ressemble plutôt à un bégaiement » ou à un bâillement ».
Puis malgré quelques heurts et quelques mauvais pas (La Fontaine, X, 1.)
ou un effort suivi d'un arrêt brusque :
l'attelage qui monte péniblement la côte arrive sur la crête et s'arrête enfin :
Après bien du travail le coche arrive au haut,
(La Fontaine, VII, 91.)
un mouvement prolongé :
Et bondis à travers la haletante orgie.
(Heredia, Artémis.)
l'expression d'interruption ou de prolongement :
Là le bruit de l'orgie ; — ici le bruit des fers
(Hugo, Burgraves.)
la séparation de dqnx idées en point de suspension :
Et Promettre ! Hélas ! quels bandits que ces dieux !
(/d., Le Titan.)
une continuation du cri, ou la peinture de la peur haletante :
Il s'écrie, lï a vu la terreur de Némée.
(Heredia, Némée.)
la longueur du temps à cause de l'ennui, se manifestant par la prolongation du mètre au moyen de l'hiatus : v
Aux yeux de l'Allemagne en proie à leur fureur.
^Hugo, Burgraves.) l'immensité :
Regarde, avec l'orgie immense qu'il entraine
(Heredia, Ariane.)
Faux cas d'hiatus.
Il est bon d'attirer ici 1 attention sur un cas où Ton est tenté d élider IV muet, placé devant le mot oui. Or, ce mot est en réalité ici et commence par une consonne, le \v anglais. Donc aucune voyelle ne peut sVlider sur oui ni être en hiatus avec l'initiale de ce mot.
Au xvu e siècle on prononçait déjà oui ainsi et à. cette époque ce mot était un monosyllabe:
Et ! c'est-a-dire oui ? Jaloux à faire rire ?
(Molière, Ecole des Femmes.)
Antérieurement au xvn e siècle, dans le langage archaïque, oui était dissyllabique. C'est dans ce sens que Molière a quelquefois élidé Ye devant ce mot. On en trouve des exemples dans Amphitryon et dans VEcole des Femmes.
C'est vous, seigneur Arnolphe? — Oui, mais vous ? — C'est Horace *
Chez les poètes modernes on ne saurait excuser cet archaïsme ; « ils se sont laissé tromper par l'orthographe dans ce cas comme dans tant d'autres 2 » :
Je voudrais à mon tour te dire, s'il te plaît
Deux mots. — A l'épie ? Oui. — Veux-tu le pistolet ?
(Hugo, Marion de Lorme.) Montfleury entre en scène ? — Oui, c'est lui qui commence 3 .
(Rostand, Cyrano.)
1. Archaïsme conforme à l'usage établi quand ce mot était dissyllabe.