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LA RIME

La question de la rime est des plus complexes et si j'y reviens une fois de plus, c'est quïl est nécessaire d'insister sur — je ne dirai pas des erreurs — mais bien des errements qui se sont propagés dans le clan des poètes et qui ont de nos jours, fort heureusement, de plus en plus tendance à disparaître.

Rime au moyen âge signifiait rythme et servait à fixer l'attention de l'oreille comme la lettre majuscule sert d'indication pour l'œil. Becq de Fouquières a dit avec raison que le plaisir que la rime procure à l'oreille * a sa source dans le sentiment d'ordre et de » régularité que nous fait éprouver la sensation de » la mesure ».

u L'harmonie et les rimes, disait PontusdeTyard, » dans son Discours sur la Musique* l'harmonie et les « rimes sont presque d'une même essence. Sans le > mariage de ces deux, le poète et le musicien de- » viennent moins jouisseurs de la grâce qu'ils cher- » chent à acquérir. »

Ceci posé, et ce qu'on ne saurait trop approuver,

il faut bien convenir que toute rime n'étant, au dire de Lancelot *, « qu'un même son à la fin des mots », ne saurait être confondue avec les mêmes lettres. De ce qu'il y a même son, en effet, il ne s'ensuit pas qu'il y ait même lettre, car, ajoutait le même Lance* lot « la rime n'étant que pour l'oreille et non pour » les yeux, on n'y regarde que le son et non l'écri- » ture : Ainsi constans et temps rime très bien ».

Je me demande dès lors pourquoi tant de poètes s'acharnent à rimer pour les yeux, négligeant dans la recherche de la précieuse rime, non seulement de beaux effets poétiques, mais la source même de l'inspiration.

Faut-il rappeler cette phrase de Clair Tisseur dans ses Observations sur Vart de versifier : « La règle de » la rime en rapport unique avec la pronoriciation a » été exactement observée par les poètes du xvi e *j siècle. Ce n'est que peu à peu qu'on est arrivé au » non-sens de la rime pour les yeux *. » Et plus loin : « L'idée de rimer pour les yeux n'est pas moins » plaisante que ne serait celle de peindre pour le nez. » Mais allez donc faire entendre raison à des fanatiques décrétant que seuls ils détiennent la sacroeainte vérité !

Quelqu'un ne me disait-il pas, en lisant un jour clés vers où un singulier rimait par endroits avec un pluriel : « Il faut laisser de telles fantaisies à Madame de Noailles î » Cette même catégorie de gens ne

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