CONCLUSION
L'harmonie, on le voit, n'est donc pas autre chose que le jeu (les voyelles se correspondant, non pas une à une, mais en groupes.
Les moyens d'expression sont tous des effets de contraste.
Dans le rythme les mesures lentes ou rapides se remarquent parce qu'elles diffèrent de la moyenne des autres rtiesures. Le trimètre romantique diffère du tétramètre classique ; le poème en vers libre, avec ses perpétuels changements de mètres, n'est qu'un ensemble de contrastes.
Les sons, les voyelles, les consonnes ne sont expressifs qu'à cause de leur répétition.
Les effets ne s'obtiennent et ne proviennent que des contrastes mêmes.
Mais l'emploi des moyens expressifs n'est d'ailleurs artistique qu'à condition de n'être pas exagéré.
L'abus de certains procédés d'expre- nrait
énormément à l'harmonie des \ » rs
C'est au poète à faire le départ exact entre les diverses manières s'offrant à lui d'exprimer sa pei Le tout est de les effets les plus aptes a ren-
dre Vidée, ii s'en servir dans la proportion e cette idée les comporte et d'éviter ai mêmes effets quand la pensée s'y oppose.
Il résulte de là que le poète doit souvent s ger. L'inspiration ne suffit pas pour produin chef-d'œuvre ou — ce qui est bien suffisant déjà ! — une belle œuvre, si l'effort ne vient aider à l'él ration de l'esprit. Virgile a corrigé ses vi arrêt. La forme définitive des fables de La I cette admirable harmonie qui prête lappai
alité aux récits des événements imaginaires il se donne intérieurement la vision, na été ait qu'après des retouches ne laissant, parfois, sister un vers du texte primitif. Hugo, P. et chant l'ont surabondamment montré, n'a reprendre, de biffer, de développer ses p* .
grand Ronsard, dans les éditions successive œuvres, a toujours retouché ses ver
mine toute, plus on reprendra une œuvre, plus la forme naîtra irréprochable. Saint-Sai qu'il n'y a pas de recettes pour taire les chi vre*, a voulu dire que le travail, — et I
l. lîrunei ire de la littérature / t, l s t* |>ar»
I Mélodie,
acharné, — devait seconder l'inspiration, la soutenir et l'amènera sa perfection. .
Du reste chaque poème a ses effets propres et « il
' » est évident qu'il ne peut être question, dans un
» poème en vers de 'forme fixe, des effets que Ton
» obtient dans une pièce en vers libres par les chan-
» gementsde mètres * ».
Pour ne nous occuper ici que de l'alexandrin et résumer ce qui a été dit à son sujet, il n'était, au xvi e siècle, qu'un vers de douze syllabes à deux membres de six, séparés par une pause ou césure. La voix se suspendait à la sixième syllabe ; aucune autre subdivision, aucune autre cadence n'étaient introduites dans les différentes parties de ce mètre.
Ce vers se trouvait dès lors dépourvu de tous les moyens d'expression possibles par le mélange des divers éléments rythmiques.
Un tel mètre était sans harmonie et l'on comprend que Ronsard trouvât que l'alexandrin ressemblait à la prose et n'était guère utilisable que pour les traductions « auxquelles, à cause de leur longueur, il » sert de beaucoup pour interpréter le sens de l'au- » teur ».
Le chef de la Pléiade disait encore de ce vers : « Il est trop énervé et flasque. Au reste il a trop de » caquet, s'il n'est bâti de la main d'un bon artisan ».
C'est ce qui explique le peu de succès de l'alexandrin, jusqu'au xvn e siècle. Car ce moule de douzo
i. Graramont, p. 397.