‹ La poétiqueChapitre 19 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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marche et le coursdes déterminations d'une grande âme, son développement intérieur, le tableau de cette lutte contre les circonstances où le héros travaille lui-même à sa ruine, la complication des événements et de leurs suites, c'est là ce qui fait le fond principal de plusieurs des tragédies les plus intéressantes de Shakespeare.

3"* Le dernier point important dont il nous reste à parler est le dénoûmerU tragique vers lequel se précipitent les caractères modernes , aussi bien que le mode de conciliation tragique auquel on peut arriver conformément à ce point de yue. Dans la tragédie ancienne, c'est r éternelle justice qui , comme puissance absolue du destin, conserve et maintient Faccord des idées morales, car celles-ci ne se combattent que parce qu'elles sont exclusives. Grâce à cette haute moralité, le dénoûment du,drame antique nous satisfait par le spectacle des personnages qui périssent. Maintenant, si une semblable justice apparaît dans la tragédie moderne, à cause de la personnalité des buts et des caractères, elle s'y révèle moins clairement. Ou bien, comme la perversité est plus grande et que les crimes que les personnages se voient forcés de commettre pour accomplir leurs desseins sont plus réfléchis y elle est d'une nature plus froideoient criminalistique. Macbeth, par exemple, les filles aînées du roi Lear et Jgurs époux, le Président jdans Mrigue et Amour, Richard III, etc., etc., ne méritent, par leur cruauté, rien de mieux que ce qui IpurarrivCé

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Ce dénoûment s'opère ordinairement de telle sorte que les personnages se brisent contre une puissance présente, malgré laquelle ils veulent réaliser leurs desseins. C'est ainsi, par exemple, que Wallenstein vient se briser contre la solidité de la puissance impériale. Cependant, aussi, le vieux Piccolomini, qui, en défendant la constitution de l'Empire , a trahi son ami et abusé des apparences de l'amitié, est puni par la mort de son fils. De même Gœtz de Berlichingen attaque un état politique fermement établi et périt dans cette entreprise; comme Weisslingen et Adelheid, qui, à la vérité, défendent cet ordre social, mais se préparent euxmêmes une fin malheureuse par l'injustice et par la trahison.

Or, de la personnalité des caractères résulte cette nécessité que les personnages, aussi, doivent se montrer conciliés eux-mêmes avec leur propre destin individuel. Tantôt cette conciliation est religieusey en ce que l'âme a le sentiment d'une haute et inaltérable félicité, rassurée qu'elle est contre la destruction de son individualité terrestre. Tantôt elle est d'un genre moins élevé et plus positif : c'est lorsque l'homme maintient, sans fléchir, jusqu'à la mort, la force et l'égalité de son caractère, en un mot, sa liberté personnelle, et que, malgré les événements et les coups du sort, il conserve son imperturbable énergie. Tantôt, enfin, elle s'accomplit, d'une manière plus vraie, lorsque le personnage éprouve un sort cruel, mais conforme à ses actions.

D'un autre côté, aussi, le dénoûment tragique s^e

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montre simplement comme Teffet des circonstances malheureuses et des accidents extérieurs, qui auraient pu aussi bien tourner autrement et avoir une terminaison heureuse. Dans ce cas, le seul spectacle qui nous est offert, c'est celui de la vicissitude des choses terrestres, à laquelle est soumis surtout Fhomme moderne ; car, en raison même de ce qu'elle a de plus fortement individuel, et de la complication des circonstances, cette nature porte avec soi le destin des choses finies.

Le sentiment de tristesse mélancolique qui naît de ce spectacle est, cependant, vide, et fait place, en particulier, à l'idée d'une fatalité matérielle et terrible, lorsque nous voyons des cœurs nobles , de belles natures, engagés dans une semblable lutte , périr par le malheur et le simple hasard des événements. Un pareil dénoûment peut nous émouvoir fortement ; néanmoins, il n'est guère capable que de produire la terreur, et il exige immédiatement que les accidents extérieurs s'accordent avec ce qui constitue la nature intime et propre de ces beaux caractères. Ce n'est, par exemple, que de cette façon que la mort d'Hamlet et de Juliette ne nous révolte pas , et que la paix se rétablit dans notre âme. Prise extérieurement , la mort d'Hamlet paraît amenée accidentellement par le combat avec Laërte et l'échange des fleurets. Cependant, si l'on considère le fond du caractère d'Hamlet, la mort y réside dès le commencement. Le banc de sable de l'existence finie ne le satisfait pas. Avec cette mélancolie et cette feiblesse, avec cette tristesse profonde , ce dégoût de

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