DE LA COMËDIB MODERNE
fines comédies qui ne sont nullement du genre purement plaisant, est dans ce cas. Le prosaïque, ici, consiste en ce que les personnages prennent leur but au sérieux avec une sorte d'âpreté. Us le poursuivent avec toute l'ardeur de ce sérieux. Aussi, lorsqu'à la fin ils sont déçus ou déconfits par leur faute, ils ne peuvent rire comme les autres, libres et satisfaits. Us sont simplement les objets d'un rire^tranger, ou la plupart du temps maltraités. Ainsi, par exemple, le Tartufe de Molière, ce faux dévot, véritable scélérat qu'il s'agit de démasquer, n'est nullement plaisant. L'illusion d'Orgon trompé va jusqu'à produire xiûe situation si pénible, que pour la lever il faut un deus ex machina. L'homme de justice, à la fin, est obligé de dire :
Remettez-Tous, monsieur, d'une alarme si chaude : Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, £t que ne peut tromper tout l'art des imposteurs.
De même, des caractères parfaitement soutenus, comme Y Avare de Molière, par exemple, mais dont la naïveté absolument sérieuse, dans sa passion bornée, ne permet pas à l'âme de s'affranchir de ces limites, n'ont rien, à proprement parler, de comique. — Par compensation^ la supériorité, dans ce genre, se révèle surtout par la finesse et l'habileté à dessiner les caractères, ou à développer une intrigue bien imaginée. L'intrigue natt souvent de ce qu'un personnage, s'efforce de parvenir à ses fins en trompant les autres, en semblant
attaché à leurs intérêts et en paraissant les soutenir avec zèle^ tandis qu'en réalité il leur est contraire et cherche à les détruire par ce faux empressement même. D'autre part, on emploie le moyen opposé, celui de dissimuler à son tour, afin de mettre les autres dans un semblable embarras. Pour l'invention et la complication de pareilles intrigues, les Espagnols sont, en particulier, les plus habiles modèles, et ils ont produit en ce genre beaucoup de choses excellentes et gracieuses.
Les sujets, pour la plupart, sont fournis par des intérêts d'amour, d'honneur, etc., qui, dans la tragédie, engendrent les collisions les plus profondes. Mais, dans la comédie, c'est, par exemple, une vanité qui consiste à ne pas vouloir éprouver longtemps le même amour, et par conséquent à le trahir à la fin, à afficher ainsi une légèreté immorale, et à se contredire comiquement. Les personnages qui trament de pareilles intrigués sont, ordinairement, comme les esclaves dans les comédies romaines, des domestiques ou des soubrettes qui n'ont aucun respect pour les projets de leurs maîtres, qui cherchent à les contrarier et à les renverser pour leur propre avantage et donnent seulement ce spectacle risible : que les maîtres sont les serviteurs et les serviteurs les maîtres, ou, au moins, fournissent l'occasion de situations d'ailleurs comiques, amenées par des incidents extérieurs ou par leur instigation. Nous-mêmes, comme spectateurs, nous sommes dans le secret ; et, rassurés que nous sommes sur le dénoûment, en pré-