I. — Poésie dIdaeUqne
Lorsqu'une idée générale dont le développement présente un tout systématique est conçue par l'esprit avec son caractère abstrait, et qu'en temps elle est exposée sous une forme et avec des ornements empruntés à l'art, alors naît le poème didactique. À parler rigoureusement, la poésie didactique ne doit pas être comptée parmi les formes propres de l'art. En effet, le fond et la forme sont ici complètement distincts. -
D'abord les idées sont comprises en elles-mêmes dans leur nature abstraite et prosaïque. D'un autre côté, la forme artistique ne peut être rattachée au fond que par un rapport tout extérieur, puisque l'idée est déjà imprimée dans l'esprit avec son caractère abstrait. L'enseignement s'adresse, avant tout, à la raison et à la réflexion. Aussi, son but étant d'introduire dans Tintelligence une vérité générale, sa condition^ essentielle est la clarté.
L'art ne peut donc s'exercer, dans le poème didactique, que sur ce qui concerne la partie extérieure : par le mètre, par exemple, la noblesse du langage, Tintro* duction des épisode^, l'emploi des images et des comparaisons, l'expression des sentiments, une marche plus prompte, des transitions plus rapides. Tout cet appareil de formes poétiques, qui ne touche pas au fond et se place en dehors de lui, ne figure que comme accessoire. Plus ou moins vives et frappantes, ces images égayent un sujet sérieux par lui-même, et tempèrent la sécheresse de la doctrine. Ce qui est en soi essentiellement prosaïque ne peut pas être poétiquement développé, mais simplement revêtu d'une forme poétique. C'est ainsi que l'art des jardins, par exemple, n'est que l'arrangement extérieur d'un terrain dont la configuration générale est déjà donnée par la nature, et qui peut n'avoir en soi rien de beau ni de pittoresque. C'est ainsi, encore, que l'architecture, par des ornements et des décorations extérieures, donne un aspect agréable à la simple régularité d'un édifice construit dans un but de simple utilité,' et dont la destination est toute prosaïque.
C'est de cette manière que la philosophie grecque, à son début, s'est produite sous la forme du poème didactique. Hésiode peut être pris pour exemple. Toutefois les conceptions vraiment prosaïques ne se manifestent bien que quand la raison Se rend maîtresse de son objet en lui imposant ses réflexions, ses raisonnements et ses classifications ; lorsqu'on outre elle se propose directement d'enseigner, et^ pour arriver k son but^ ap-
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pelle à son secours l'élégance, les charmes du style el les agréments de la poésie. Lucrèce, qui a mis en vers le système du monde d'Épicure; Virgile, avec ses instructions sur Tagriculture, nous fournissent des modèles. De pareilles conceptions, malgré toute l'habileté du poète et la perfection du style, ne peuvent parvenir à constituer une forme de l'art pure et libre. En Allemagne, le poëme didactique a déjà perdu sa faveur. A la fin du siècle dernier, Delille a donné aux Français, outre le Poëmedes Jardins, ou rArt d'endfellirles Paysages^ et V Homme des Champs^ etc., un poëme didactique, dans lequel il offre une espèce de compendium des principales découvertes de la physique sur le magnétisme, l'électricité, etc.
II* — Poésie dMcriptlTe.
La poésie descriptive est, sous un rapport, l'opposé du poëme didactique. Le point de départ, en effet, n'est pas l'idée déjà présente à l'esprit: c'est la réalité extérieure avec ses formes sensibles, les objets de la nature ou les œuvres de l'art, les saisons, les différentes parties du jour, etc. Dans le poëme didactique, l'idée qui en fait le fond, d'après sa nature même, reste dans sa généralité abstraite. Ici, au contraire, ce sont les formes sensibles du monde réel, dans leurs particularités, qui nous