‹ La poétiqueChapitre 30 sur 69 · VI. - De realffMe · texte numérisé non relu

VI. - De realffMe

L'énigme se distingue du symbole proprement dit, d abords en. ce qu'elle est comprise clairement par celui

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qui l'a inTentée; ensuite, parce que la forme qui enveloppe ridée et dont le sens doit être deviné, est choisie à dessein. Les véritables symboles sont, avant et après, des problèmes non résolus. L'énigme, au contraire, est, par sa nature même, déjà résolue avant d'être proposée, ce qui faisait dire, avec beaucoup de raison, à Sancho Ponça, qu'il aurait bien mieux aimé qu'on lui donnât d'abord le mot, et ensuite l'énigme.

Le premier point d*où l'on part dans l'invention de l'énigme, est donc le sens qu'iji renferme et dont on a la conscience parfaite.

En second lieu, certaines formes originales, des propriétés singulières, sont empruntées, à dessein, au monde extérieur, et rapprochées d'une manière disparate et frappante, telles, du reste, que le hasard les présente disséminées dans la nature. Par là, manque à ces éléments l'unité intime qui se remarque dans un tout dont les parties sont fortement liées entre elles ; et leur combinaison artificielle n'a aucun sens par elle-même. Cependant, sous un autre point de vue, elles expriment une certaine unité, puisque les traits en apparence les plus hétérogènes, sont rapprochés au moyen d'une idée, et offrent une signification.

Cette idée, qui est le sujet d'une proposition dont les attributs n'offrent, en apparence, aucune liaison, est le moi de Vénigme, la solution du problème à deviner à travers cette enveloppe obscure et embrouillée. L'énigme, soiis ce rapport, est dans le sens ordinaire du terme, le côté spirituel du symbole réfléchi ; elle met

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à répreuve l'esprit de sagacité et de combinaison. En même temps, comme forme de représentation symbolique, elle bC détruit elle-^méme, puisqu'elle demande à être devinée.

L'énigme appartient principalement à l'art qui. a pour mode d'expression la parole. Cependant, elle peut trouver place dans les arts figuratifs, dans l'architecture, l'art des jardins et la peinture. Sa première apparition, dans l'histoire, remonte à l'Orient, à celte période de transition qui sépare le vieux symbolisme oriental de la sagesse et de la raison réfléchies. Tous les peuples et toutes les époques ont trouvé leur amuse ment clans de pareils problèmes. Au moyen-àge, chez les Arabes et les Scandinaves, dans la poésie allemande, par exemple, dans les combats poétiques qui avaient lieu, à Marburg, l'énigme joue un grand rôle. Dans nos temps modernes, elle est déchue de son rang élevé. Elle n'est plus qu'un élément frivole pour la conversation, un trait d'esprit, une plaisanterie de société.

TII. — De PÉplfframme.

Le caractère primitif de l'épigramme est exprimé par le mot lui-même ; c'est une inscription. Sans doute, entre l'objet et son inscription , il y a une différence ; ipais, dans les plus anciennes épigrammes dont Héro-

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dote nous a conservé quelques-unes, nous n'avons pas la description d'un objet faite dans le but d'accompagner l'expression de quelque sentiment de l'âme. La chose elle-même est représentée d'une double manière. D'abord son existence extérieure est indiquée : ensuite, son sens, son explication sont donnés; et ces deux éléments sont étroitement combinés, ils se pénètrent intimement dans répigramme qui exprime les traits de l'objet les plus caractéristiques et les plus convenables. Plus tard, l'épigramme perdit, même chez les Grecs, son caractère primitif, et elle dégénéra jusqu'au point d'inscrire, à propos des événements particuliers, des ouvrages d'art ou des personnages qu'elle devrait désigner, des pensées fugitives, des traits d'esprit, des réflexions touchantes, qui se rapportent moins à l'objet lui-même qu'à la disposition toute personnelle de l'auteur, dans son rapport avec lui.

Nous pouvons rattacher à ce genre cette variété infinie de conceptions singulières et frappantes dans lesquelles se montre l'esprit de saillie par des jeux de mots oa des traits piquants, à propos de toutes sortes de situations, d'incidents, et sur toute espèce de sujets. En les analysant, ♦on trouve, d'abord, un objet peu impor-tant en lui-même ; ensuite une idée originale, inattendue et d'une certaine finesse, qui fait ressortir un rapport auparavant inaperçu, et place l'objet sous un jour nouveau, en lui donnant une signification nouvelle.

Tel est le caractère que l'on trouve dans plusieurs dés Xénies de Goethe et de Schiller^ plaisanteries mor-

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