‹ La poétiqueChapitre 37 sur 69 · POÉSIE LÉGÈRE · texte numérisé non relu

POÉSIE LÉGÈRE

se pénétrer, par une ^sensibilité vive, un sens délicat et une imagination féconde, des diverses situations que Ton veut dépeindre, à s! identifier avec elles, à les animer, et à tirer par là d'une idée commune, une œuvre originale, belle et digne d'intérêt.

Les Perses et les Arabes, dans le luxe oriental de leurs images, dans l'ivresse à laquelle leur imagination toute contemplative, s'abandonne en face du spectacle de la nature, fournissent un brillant modèle pour la poésie actuelle et le sentimentalisme qui règne aujourd'hui. Les Espagnols et les Italiens ont aussi d'excellentes productions en ce genre. Klopstock, il est vrai, a dit de Pétrarque ;

« Pétrarque a chanté Laure dans des vers fort beaux pour ses admirateurs, mais non pour les amants. »

Cependant les poésies d'amour de Klopsiock sont elles-mêmes remplies de réflexions morales, de vagues aspirations, de soupirs vers le bonheur et l'immortalité; tandis que nous admirons dans Pétrarque la liberté du sentiment, qui s'ennoblit par cela seul que, tout en exprimant le désir de posséder sa bien-aimée, le poète se satisfait en lui-même. En effet, le désir de la jouissance réelle, qu'il s'agisse de vin ou damour, etc., peut bien intervenir dians ces chants; mais l'imagination en éloigne l'objet lui-même dans son propre intérêt. Car cet intérêt, c'est en elle-même qu'elle le puise, dans le plaisir de la création artistique qui lui suffit. Elle se déploie librement sous mille formes, se joue dans ses conceptions, avec la tristesse comme avec la joie. L'artiste répand

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ainsi les trésors de son génie. Parmi les poètes nouTeaux qui ont montré cette liberté d'imagination jointe à une sensibilité profonde» dethe et Ruckert occupent le premier rang. — En général, nous ne soyons dans de semblables productions, comme le Divan occidenUhcriental de Gœthe^ ni les soupirs d'un amant épris, ni même aucun désir. C'est simplement l'imagination qui se plait à contempler les objets, qui s'abandonne au torrent de ses impressions, et dans une libre insouciance, s'amuse à jouer avec la rime et la mesure savante des ^ers. Partout néanmoins respire une satisfaction intime, une sérénité intérieure de l'âme qui dans son essor, plane audessus des embarras et des soucis de la vie réelle.

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