‹ La poétiqueChapitre 38 sur 69 · I. — G»vmetère de 1» poésie orientale. — Poésie Indienne · texte numérisé non relu

I. — G»vmetère de 1» poésie orientale. — Poésie Indienne

£n Orient, Fesprit de l'homme plongé dans la contemplation du monde sensible, n'ayant, pour apprécier la réaliié, ni mesure ni règle fixe, s'épuise en vains efforts pour pénétrer le sens général de l'univers ; il ne sait employer, pour exprimer les pensées les plus profondes, que des ims^es et des représentations grossières où éclate l'opposition entre l'idée et la forme. L'imagination va ainsi d'un extrême à l'autre, S'élevant très-haut pour retomber plus bas encore, errant sans appui, sans guide et sans but, dans un monde de représentations à la fois grandioses» bizarres et grotesques.

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Nous ne devons donc pas chercher le caractère de la yé • ritable beauté dans ces informes et confuses conceptions. Car, au milieu de ces sauts brusques et inconsidérés, de ce passage continuel d'un extrême à Tautre, si nous trouvons de la grandeur et un caractère imposant dans les conceptions générales, nous voyons ensuite Tètre absolu, précipité dans les formes les plus ignobles du monde sensible. Le désaccord vient-îl à être senti? l'imagination ne sait y échapper que par des contrastes bizarres où se fait remarquer la scission entre les deux éléments, et leur disproportion. Elle étend indéfiniment les dimensions de la forme, s'égare dans des créations gigantesques caractérisées par l'absence de toute mesure ; elle se perd dans le vague et l'indéterminé. Par là, en s'efforçant d atteindre à une conciliation, elle ne parvient qu'à mieux mettre en évidence le désaccord et l'opposition des deux termes.

Nous rencontrons les premiers et aussi les plus grossiers essais de l'imagination principalement chez les anciens Indom dont les représentations pèchent, en effet, par le défaut capital que nous venons de signaler. On vpit dans ces créations que l'esprit n'est en état de saisir ni Tidcc elle-même, ni la réalité dans sa forme véritable et le sens qui lui est propre. Aussi, les Indiens se sont montrés incapables de comprendre les personnes et les évcncîïicrits au point de vue de l'histoire. Le sens historique, en"' effet, suppose que T esprit est parfaitement éveille, calme et de sang-froid, capable de comprendre ce qui est arrivé, les fait§ dans leur caractère réel et

positif, d'en trouver Texplication naturelle, de rechercher les principes, les fins et les causes. A cette sagesse prosaïque est opposée la tendance a tout ramener à l'absolu et au principe divin /à voir, dans les choses les plus vulgaires et les plus matérielles, une personnification ou une création fantastique des dieux. Dans cette confusion et cet amalgame de' l'infini et du fini, se fait remarquer l'absence complète de bon sens, d'esprit positif et de raison. Malgré la fécondité et la hardiesse grandiose de ses conceptions, la pensée se laisse aller aux chimères les plus extravagantes et les plus monstrueuses que puisse créer l'imagination. Des idées les plus élevées, elle se précipite dans la réalité la plus commune, absorbant et détruisant ainsi un extrême par un autre.

Si nous jetons un coup d'œil sur les traits plus déterminés par lesquels se trahit et se caractérise cet étal d'ivresse et de délire, dans lequel nous parait plongé l'esprit humain chez ce peuple, nous n'avons qu'à parcourir ses représentations religieuses, non en elles-mêmes, mais seulement dans les points fondamentaux qui intéressent Fart et la poésie. Ces points principaux sont les suivants :

D'abord, un des développements extrêmes de la pensée indienne est la conception de Yabsolu, comme l'être simplement universel, qui ne renferme en lui-même aucune distinction, aucune différence, et, par là, reste entièrement indéterminé. Cette abstraction la plus r\térieure et la plus superficielle, ffuisque Têtre ainsi conçu est une existence vide, sans fond ni forme réelle, el sans

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