‹ La poétiqueChapitre 40 sur 69 · II. — > Panthéisme oriental. — Poésie mahométane · texte numérisé non relu

II. — > Panthéisme oriental. — Poésie mahométane

Le panthéisme appartient principalement à l'Orient qui conçoit la pensée d'une unité absolue comme Dieu, et de toutes choses comme renfermées dans celte unité. Ainsi, d'abord, le principe divin est représenté comme mmanent dans les objets les plus divers, dans la vie et la mort, dans les montagnes, la mer, etc.; c'est en

même temps l'excellent, le supérieur en toutes choses. D'un autre côté, par cela même que Funité est tout, et n'est pas plus ceci que cela, qu'elle se retrouve dans toutes les existences, les individualités et les particularités se détruisent et s'effacent ; car, chaque individuahté, en elle-même, n'est pas cette unité. VUn est toutes les individualités réunies, qui forment cet ensemble visible. Car, si Vêtre unique est, par exemple, la vie, il est aussi bien la mort, et en même temps il est toute autre chose; de sorte que la vie ou le soleil, la mer, etc., ne constituent pas comme tels le principe divin et l'unité.

Une pareille conception ne peut être exprimée que par la poésie et non par les arts figuratifs, parce que ceux-ci représentent aux yeux, comme présente et permanente, la réalité déterminée et individuelle qui, au contraire, doit disparaître en face de la substance unique. Là où le panthéisme est pur, il n'admet aucun art figuratif comme son mode de représentation.

Comme principal exemple d'une pareille poésie panthéislique, nous pouvons encore indiquer la poésie indienne qui, outre son caractère fantastique, a aussi représenté ce côté d'une manière brillante.

Les Indiens, en effet, comme nous l'avons vu, partent de l'ôtre universel et de Tunité la plus abstraite qui ensuite se développe dans des dieux déterminés, la Tnthourtij Indra, etc. Mais l'existence déterminée ne se maintient pas, elle se laisse de nouveau dissoudre. Les dieux inférieurs s'absorbent dans les supérieurs etceux-ci dans Brahman. Ici, il est déjà manifeste que cet être

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universel constitue la base immuable et identique de toute existence. En effet, quoique les Indiens dans leur poésie montrent la double tendance, d'un côté à exagérer les proportions de la forme réelle j afin qu'elle paraisse mieux répondre à Tidée de l'infini, de l'autre à laisser toute existence déterminée s'effacer devant l'unité abstraite de l'absolu, néanmoins, on voit aussi apparaître chez eux la forme pure de la représentation panthéistique au point de vue de l'imagination : celle qui consiste à faire ressortir l'immanence de la substance divine dans tous les êtres particuliers*

On pourrait trouver, sans doute, dans cette conception plus de ressemblance avec Tunité immédiate du réel et du divin qui caractérise la religion des Parses ; mais chez les Parses, l't/^n, le bien suprême, est lui-même une existence physique, la lumière. Chez les Indiens, au contraire, ÏUn, Brahman , est seulement Têtre sans formes qui, lorsqu'il en a pris une, les prend toutes. Manifesté dans une multiplicité d'existences individuelles il donne lieu à ce mode de représentation panthéistique. Ainsi, par exemple il est dit de Krischna (1). « La terre, l'eau, le vent, l'air et le feu, l'esprit, la rai- « son et la personnalité sont les huit éléments consti- '< tutifs de ma puissance naturelle. Cependant reconnais (< en moi une essence plus haute qui vivifie la terre et « soutient le monde. En elle tous les êtres ont leur « origine. Ainsi, sache-le bien, je suis l'origine de cet

(1) Bagavad Gita Lect. ^iii, 4 scq.

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